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Young Thug, le nouveau phénomène du rap

Il a 22 ans, une voix de sorcière et compte Drake ou Rick Ross parmi ses admirateurs. Il s’appelle Young Thug et on s’arrête sur le phénomène après éclosion mais avant explosion.

Young Thug, c’est la preuve que le nom le plus anodin et crétin du rap (l’équivalent français serait “petit délinquant”, on salue l’effort d’imagination) peut cacher un de ses protagonistes les plus singuliers. Peut-être est-ce parce qu’il fût le benjamin d’une famille de dix enfants que Young Thug a ressenti dès le berceau le besoin de se faire remarquer. Anneau de taureau au nez, visage tatoué, Jeffrey Williams (dans le civil) a une plastique que l’on oublie aussi peu que sa voix de brebis allaitée au crack, son timbre rouillé et son flow contorsionniste. Donc si le rappeur d’Atlanta (où la spécialité locale est justement le jeune délinquant) s’inscrit dans la plus pure tradition sudiste – son ambiance de strip-club, son autotune, sa trap et ” sa-chanson-sur-deux ” consacrée à la drogue – sa singularité est suffisamment tape-à-l’oeil pour s’attirer les yeux doux des labels, dont Atlantic à hauteur de 30 000 $. Une bricole, comparé aux 2 millions d’A$AP Rocky chez Sony ou les 6 millions de Chief Keef chez Interscope. Néanmoins, le talent n’attend pas le nombre des zéros.

Young Thug a aussi fait sa (e-)réputation en accumulant les facéties et excentricités, notamment en ne suivant qu’un individu sur Instagram (un milliardaire de Dubaï dont 95% des photos sont des moments-tendresse avec des animaux dangereux ), où en s’affichant en robe ou avec du vernis sur le-dit réseau . Des derniers clichés qui, ajoutez à ceux où il déclare sa flamme à un homme (sur deux douzaines de clichés) dans des petites situations du quotidien (en auto, à l’hosto, dans les bois…), sont remarquables et remarqués d’un milieu où le no homo est encore très vif. Et pourtant, Young Thug ne s’attire aucune foudre, il peut tout se permettre, sa cote grimpe comme mercure au cagnard et le rap, dans ses jours de bonne intelligence, préfère s’en faire un allié. Un allié hors-norme donc un allié systématiquement qualifié de weirdo. Pourtant, ce que jeune voyou propose, ce n’est pas seulement camper le chelou du village, mais apporter – de sa voix de sorcière à son flow de chaman – une présence quasi mystique dans le rap.

Naturellement, les labels s’arrachent le bifteck comme des charognards, lui signe à tour de bras en s’inquiétant moins des clauses (d’exclusivité) que des cachets et se retrouve aujourd’hui dans un imbroglio juridique (notamment avec 1017 Brick Squad, Freebandz, Cash Money et Atlantic) à force d’empocher des avances sans nécessairement produire quoique ce soit. Petit délinquant devait bien un jour où l’autre honorer son nom de scène. Cela dit, son casier judiciaire noircit moins vite que son CV, Young Thug assume son omniprésence nouvelle avec le charisme et l’assurance de ces princes incessamment couronnés.

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