Volage : "La scène underground française est enviée en Europe"

By Charles Crost
05 Déc 2014

Volage : @DR

Volage : "La scène underground française est enviée en Europe"

Volage nous guide dans le rock en France

Volage : @DR

Volage : "La scène underground française est enviée en Europe"

Volage, prêts à tourner, encore et encore

Volage est sans aucun doute l'un des groupes de rock français qui fait le plus parler de lui ces temps-ci. On leur a demandé de nous parler de leur album et vous guider dans la scène rock "garage" française.

Villa Schweppes : Votre premier album Heart Healing est sorti. Il est clairement plus riche que le EP précédent, Maddie. Que s'est-il passé entre ces deux disques ?

Paul Volage : Il s'est passé beaucoup de temps entre ces deux disques. Ce qu'il faut savoir c'est que le premier était déjà une réédition de nos premiers morceaux qui ont été composés il y a 4 ans maintenant, voir plus pour certains, et ça explique les changements. On a évolué, tant dans la musique que dans le fait d'assumer certains choix ; l'idée était de ne pas s'imposer de limite de genre ou de style dans la composition, ce qui donnent des morceaux plus travaillés et recherchés musicalement. C'est un projet plus mature. On nous classe parmi les groupes garage, mais je ne pense pas qu'on soit un groupe garage au sens pur et dur. Les lives restent assez sauvages c'est sûr, mais les directions musicales vont plus loin que ça.

Il faut créer un son. C'est aussi ce qui caractérise les bons disques

Tu as produit le disque. Le son est très minutieux. Une manière d'orienter le son du groupe vers la musique psychédélique et de l'éloigner du "garage" ?

De la même manière que les envies évoluent, la production aussi. Je pense qu'il faut créer un son. C'est aussi ce qui caractérise les bons disques : ils sonnent monstrueusement bien, ou assument des choix esthétiques hyper originaux. C'est une partie importante au sein de Volage, le son d'un disque devrait toujours être un parti pris. J'avais envie de trouver un son qui puisse réellement me satisfaire et le disque a été pensé dans cette optique la depuis la composition. Sur ce disque il n'y a pas d'envie de coller à un genre, psyché, lo-fi, chaud ou froid, j'ai juste essayé de faire un son.

On vous affilie toujours à des groupes phares de San Francisco. Pourtant, votre disque va bien au delà d'une repompe de Ty Segall. Quels ont été les chocs esthétiques qui ont donné leur couleur à Heart Healing ?

Oui c'est quelque chose qui revient souvent. C'est plutôt flatteur d'ailleurs, on a beaucoup écouté cette scène et j'imagine que ça doit se sentir quelque part, mais c'est parfois dommage car les gens peuvent penser que l'on cherche vraiment à suivre cette mouvance. Les bases de Heart Healing sont vraiment pop, la mélodie est toujours très importante. Si je te dis qu'on a beaucoup écouté les Beatles, les Kinks et Pink Floyd, c'est ridicule tout le monde s'en doute, mais je pense qu'il y a d'autres choses, notamment les disques de notre enfance qui ont leur part de responsabilité la dedans. Je pense à William Sheller ou Elliot Smith pour ma part.

Cette musique, héritée des USA, est positionnée très bizarrement en France : elle n'est pas "populaire", mais rassemble pourtant une énorme communauté, un réseau solide et fervent. Dans les médias, elle a souvent droit aux petites colonnes en bas de page. Y a-t-il un manque de compréhension en France ?

Oui je pense que cette musique ne parle pas encore à tout le monde. C'est quelque part une musique très référencée, et qui sort des clivages de style car elle en incorpore beaucoup, les digère et les mélange avec une grande liberté, ce qui donne des choses parfois moins accessibles pour le grand public, mais c'est aussi ce qui fait son charme. Je ne pense pas que les plus jeunes générations aient forcément les références nécessaires pour comprendre parfaitement cette musique. C'est aussi une question d'époque : à l'ère digitale je suis pas sûr que ce soit ce que la majorité des gens veulent entendre. Mais ils se passe des choses hyper intéressantes en ce moment en France, il y a énormément de groupes et certains émergent réellement. La scène underground française est assez enviée Europe.

Un néophyte devrait écouter "Dissolve Me" des Feeling of Love

C'est une rengaine qui revient souvent chez les spécialistes : la scène française serait capable de mettre à l'amende celle de San Francisco. Sans aller jusque là, il y a beaucoup de groupes, beaucoup de labels, beaucoup de fêtes. Pourrais-tu guider l'auditeur néophyte à travers cette jungle foisonnante ? A quoi ressemble le paysage rock français ?

Effectivement, les groupes et les labels ne manquent pas. C'est assez cool de voir les choses prendre un peu d'ampleur ces temps ci, les acteurs de ce milieu sont nombreux et se connaissent tous c'est une des raisons pour lesquelles les choses bougent. Il y a des labels comme Howlin Banana géré par un seul mec, Tom, qui fait vraiment énormément pour toute la scène, je pense aussi à Croque Macadam et Requiem pour un Twister qui sortent des projets plus pop qui sont supers. Retard Records de Rennes dans un registre hyper garage/punk. Frantic City de La Rochelle qui est là depuis longtemps, Azbin Records aussi. Un néophyte devrait écouter "Dissolve Me" des Feeling of Love, Regal, Combomatix, Kaviar Special, lire Foggy Girls Club et aller voir un concert de Magnetix ou de JC Satàn. Il faudrait aussi qu'il passe à la Méca, à l'Espace B, au Garage Mu ou dans les salles de Rennes.

On aurait tendance à croire que pour votre musique, l'herbe est plus verte ailleurs. Quels échos avez-vous à l'étranger?

Je ne sais pas, c'est assez compliqué d'avoir du recul sur ce que tu fais quand tu as la tête dans le guidon. On a certainement beaucoup de chance, mais les efforts sont souvent récompensés et on doit beaucoup à Tom de Howlin Banana pour le travail qu'il fait pour nous depuis le début. On a eu de super retours en Allemagne et et Belgique, c'était une première pour nous c'est impressionnant de voir a quel point les autres pays suivent la scène française. On est aussi sur un projet de sortie de disque aux États Unis et une tournée là-bas en même temps. C'est encore à l'état de négociation mais c'est toujours motivant. Aussi, White Fence nous a demandé d'ouvrir pour lui sur ses prochaines dates françaises donc les choses vont de mieux en mieux, c'est vraiment cool.

Tourner, c'est un sentiment jouissif et vraiment particulier auquel on devient vite dépendant.

Vous avez déjà pas mal tourné. Est-ce une condition sine qua non pour installer un groupe de musique "indépendante" aujourd'hui ? Dans quelles conditions se déroulent ce genre de tournée?

On a pas tant tourné que ça comparé à d'autres, mais oui je pense que tourner c'est vraiment essentiel. On fait une musique qui est aussi taillée pour le live donc c'est logique de partir sur la route la soutenir. C'est toujours un grand plaisir même dans les plans les moins cool. Les tournées sont hypers intenses, car c'est des concerts tous les soirs avec souvent le minimum au niveau des conditions, donc c'est très physique. Tourner, c'est un sentiment jouissif et vraiment particulier auquel on devient vite dépendant. J'aime bien ce rapport avec le public lors des lives, les gens se déplacent et payent pour écouter ce que tu as à leur proposer, c'est toujours un challenge d'offrir le meilleur de ce que tu fais. J'essaie d'envisager chaque concert comme le dernier, que les gens en aient un maximum pendant 1h.

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