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Sleaford Mods réconcilie les kids anglais avec le punk

Sleaford Mods réconcilie les kids anglais avec le punk

By Charles Crost
26 Juin 2014

Il était temps que des types reviennent mettre les pendules à l'heure dans la patrie du punk. Uniquement avec un PC et un micro, le duo administre les baffes que les gamins attendaient pour que l'Albion se réveille.

A l'heure d'internet, qu'est-ce qui peut encore pousser un auditeur à acheter, payer, un vinyle qu'il n'a jamais streamé en entier? Dans le cas de l'album de Sleaford Mods, il aura fallu un morceau entendu par hasard, deux recommandations de gens de confiance, et un passage fortuit au shop Born Bad pour chopper notre copie. De quel autre manière serait-on tombés sur ce disque ? La presse généraliste française n'en a cure, a contrario de celle Outre-Manche. Ce qui, en soit, justifierait déjà cet article.

Mais bien plus encore qu'un quelconque "groupe de rock cool" venu de Londres, Sleaford Mods mérite d'être porté aux nues : exit les guitares "petits-bourgeois", exit les shows millimétrés et les murs de son, bienvenue aux lives bière à la main, ordi-voix. Andrew Fearn, look total "Chav" (prolo en Umbro), fait "Play" sur Windows Media Player et va boire un coup pendant que Jason Williamson – tout droit sorti d'un film de Ken Loach - prend le micro pour mettre une grosse rouste au public. C'est la manière la plus naturelle, la plus cohérente, de faire du punk en 2014.

Les Sleaford Mods n'ont pas besoin d'esbroufe. Ces deux gars de Nottingham respirent l'Angleterre prolo, celle de Looking For Eric ou It's a Free World : à l'image de leur mega tube "Jobseeker", ces deux là sont les portes voix d'une jeunesse de la province anglaise qui n'a pas un rond, pas un boulot et qui ne se sent pas plus d'horizon que GTA V et la bière en cannette grand format. No Future ?

A ce propos, le clip de "Tied Up In Nottz" tient de l'allégorie sociologique : les mecs sont calés au fond du bus - une voiture? Trop chère - Fearn tire sur sa cigarette électronique en checkant Facebook sur son portable et en éclatant sa cannette. Il doit être 15 heures, il pleut, la ville est prise sous un angle assez laid. Même si c'est un peu cliché à écrire, Joy Division n'est pas loin.

Il fallait un type comme Williamson pour décoincer les kids UK de leurs wobbles muets : une espèce de daron gouailleur et visiblement pas content qui balance ses spoken words avec plus de verve que 80% du hip hop hardcore. D'ailleurs, après un rapide tour de table, les avis varient : "c'est plus du slam", "il y a quelque chose de The Streets"... Car le groupe se trouve justement au croisement entre la musique électronique minimaliste – l'ordi comme matériel – le hip hop – les gros flows – et le punk – la façon de faire.

Et les jeunes ne s'y trompent pas : leurs disques se vendent actuellement par cartons entiers aux quatre coins de l'Europe et rivalisent avec ceux d'artistes largement médiatisés. Le charme – et la malédiction – des circuits alternatifs.

Si le rock vous ennuyait, Sleaford Mods va enfin vous faire re-goûter au plaisir d'avoir acheté un bon disque (par ici).

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