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Rone : "Je n'ai jamais autant travaillé de ma vie, c'est dingo !"

By Guillaume Huault-Dupuy
25 Mai 2021

Surpris par le premier confinement, Rone a dû revoir tous ses plans. Mais il n'est pas resté les bras ballants pour autant. Il a quitté Paris pour Cancale, en Bretagne, d'où il laisse s'exprimer son génie créatif. Avec "Rone & Friends", il nous offre un magnifique album de chansons, un ovni pop à la sauce électronique qui réunit Camélia Jordana, Flavien Berger, Dominique A, Yael Naim... Aujourd'hui, il jongle entre la bande originale du prochain Audiard, la préparation de ses concerts avec l'Orchestre national de Lyon, et une multitude d'autres projets. Il a quand même trouvé le temps de répondre à Villa Schweppes. Entretien.

Comment est née l'idée de "Rone & Friends" ?

Rone : Avant que le Covid nous prenne tous par surprise, j'avais deux années de travail devant moi. Mais quand le confinement est tombé, tout a été annulé : les deux dernières représentations de " Room With A View " au théâtre du Châtelet, la tournée qui devait suivre, les festivals d'été... Au début, la sortie de l'album " Room With A View m'a fait du bien. Mais rapidement, je me suis senti désoeuvré... J'étais dans le flou total car tout était sans cesse reporté. À un moment, j'ai fini par me dire que je n'allais pas attendre que l'épidémie disparaisse pour continuer à créer ! C'est comme ça qu'est né " Rone & Friends ".

Comment as-tu choisi les artistes présents sur cet album collaboratif ?

Rone : J'avais une maquette qui traînait sur mon ordi, celle du morceau " Un " avec Alain Damasio. En parallèle, j'échangeais avec trois chanteurs avec qui j'avais envie de collaborer : Jenny Beth, Yael Naim et Casper Clausen. Privés de scène, ils étaient comme moi, un peu désemparés. Je leur ai donc proposé de poser leur voix sur le morceau de leur choix de " Room With A View ". Très vite, j'ai eu envie de faire un album de chansons. Je me suis alors mis à réfléchir à qui je pourrais contacter, et ça a pris forme petit à petit.

Rone :

Rone

Tu t'étais déjà essayé à la chanson avec Étienne Daho ou François Marry... Qu'est-ce qui te plaît dans cet exercice ?

Rone : Quand je fais un morceau avec une voix, ça apporte tout de suite une dimension pop. J'adore me frotter à cet exercice souvent méprisé, surtout par les musiciens électroniques. Pour moi qui aime expérimenter, produire des morceaux à la fois pointus et populaires, c'est le plus beau des défis. Et puis c'est hyper gratifiant, parce que ça me permet de passer à la radio.

La voix, c'est un instrument comme un autre finalement...

Rone : Exactement ! C'est même plus intéressant je trouve, car ça apporte une touche très organique à un morceau. Je me suis toujours efforcé de ne pas faire une musique électronique trop robotique, trop froide, à l'image de la minimale allemande qui manque un peu de tripes à mon goût. Les voix permettent d'amener de la chair, du sang, quelque chose de physique qui me plaît beaucoup.

Si un poids lourd de la pop te demandait de produire son album, ça pourrait t'intéresser ?

Rone : C'est déjà le cas ! Je suis en train de travailler sur la production d'artistes en ce moment, mais je ne peux pas dévoiler de noms parce que ça reste secret.

Ça te fait un gros programme...

Rone : Je n'ai jamais autant travaillé de ma vie, c'est dingo. Outre le cinéma et les collaborations musicales, je prépare un concert très spécial avec les 80 musiciens de l'Orchestre national de Lyon. Si tout se passe bien, on jouera les 25 et 26 juin à l'Opéra de Lyon, puis on fera une petite tournée. En parallèle, je reprendrai le spectacle " Room With A View " au théâtre du Châtelet avec les onze danseurs du Ballet national de Marseille. Et puis normalement, je suis censé faire une tournée solo... Mon manager se tire les cheveux ! (rires)

Tu as hâte de retrouver la scène ?

Rone : Carrément ! J'y prends énormément de plaisir, c'est une sensation unique. Par contre, je suis très anxieux avant de monter sur scène. Je gérais mieux à la fin, mais à une époque, j'avais tellement le trac que je vomissais. Et là, ça va être chaud ! Après plus d'un an de pause, ce sera un peu comme le premier concert de ma vie... (rires)

Pourquoi as-tu décidé de quitter Paris pour t'installer en Bretagne, à Cancale ?

Rone : Je suis un gros parigot, mais je m'appelle Erwan ! Ce n'est pas par hasard. Je passe toutes mes vacances en Bretagne depuis que je suis petit, j'y ai des racines très profondes. Et je me suis toujours dis qu'un jour je quitterai Paris. C'est même un thème récurrent dans ma musique, avec des morceaux comme Bye Bye Macadam ou Quitter la Ville. Je me voyais passer mes vieux jours près de la mer, et c'est le confinement qui a accéléré le processus. On était enfermés dans notre appartement avec ma copine et mes deux jeunes enfants, je trouvais ça dur pour eux. On a donc fait une petite réunion de famille, et tout le monde était motivé pour aller vivre près de la mer.

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Ça t'inspire comme lieu pour faire de la musique ?

Rone : C'est marrant, parce que c'était la seule crainte que j'avais en déménageant. J'avais l'impression que ma créativité dépendait de mon rythme de vie, que Paris était un peu mon système cardiaque, que j'avais besoin de cette dose de stress et de nervosité. Et en fait non, je n'ai jamais été aussi productif qu'à Cancale. Dès que j'ai un petit coup de fatigue, un blocage, je marche dix minutes et je suis à la plage. Et là, il me suffit d'une demi-heure à respirer la mer pour revenir plein d'inspiration.

Tu as installé ton home studio à Cancale ?

Rone : Oui, ça commence à prendre forme. J'ai installé quelques synthés, mes machines... Il y aussi mon César posé dans un coin, à côté du Grand Prix de la Sacem. Ils me redonnent confiance quand je doute. Pour l'instant, c'est en mode home studio, mais j'aimerais créer une espèce de lieu de résidence pour partager cet endroit inspirant avec d'autres musiciens.

Tu gardes ton César près de toi quand tu composes... Qu'est-ce qu'il représente pour toi ?

Rone : Je suis vraiment hyper fier, très ému... Les César, c'est quelque chose que je regardais à la télé quand j'étais petit, donc m'y retrouver et gagner un prix, c'est surréaliste. C'est beaucoup plus fort que si j'avais gagné dix Victoires de la Musique. En plus, " La Nuit Venue " est un film d'auteur à petit budget, donc je suis hyper content pour le réalisateur Frédéric Farucci et toute l'équipe. C'est la classe !

Tu as reçu ton César des mains d'Alain Souchon. C'est la classe ça aussi !

Rone : Ouais ! À ce moment-là, j'avais l'impression d'être un gosse, parce que Souchon c'est mon enfance. J'écoutais ça à donf avec mes parents.

Si on t'avait dit, quand tu étais étudiant en cinéma, que tu recevrais un César pour la meilleure musique de film, tu l'aurais cru ?

Rone : Quand j'étais jeune, je ne savais pas trop ce que je voulais faire de ma vie, j'ai toujours cru que je finirai SDF parce que je manquais de confiance en moi. Et même en fac de cinéma, jamais je n'aurais imaginé gagner un César... Ce n'était même pas un objectif. J'ai les dents du bonheur, je crois que ça m'a porté chance.

Il a fallu que je devienne musicien pour qu'on me propose de faire des films !

À l'époque, pourquoi as-tu choisi de t'orienter vers la musique ?

Rone : C'est plutôt la musique qui m'a choisi. En sortant de mes études, j'ai commencé par préparer des sandwiches sur les tournages, jusqu'à devenir assistant réalisateur. C'est un poste difficile, stressant, et la musique était ma bulle d'air. Je n'avais pas du tout l'ambition d'en faire mon métier, mais le label InFiné a flashé sur le morceau " Bora Vocal " et m'a directement proposé de faire un album. J'ai donc pris mes dix meilleurs sons qui traînaient sur mon ordi pour sortir " Spanish Breakfast ". Je pensais que ça allait s'arrêter là, mais je me suis fait happer par la musique.

Tu te verrais bien réaliser un film un jour ?

Rone : Putain ouais ! Depuis dix ans, je me suis vachement éloigné du cinéma, et là je m'en rapproche à nouveau en travaillant sur des bandes originales de films. Des producteurs me demandent même si j'aimerais réaliser un long-métrage. Au début, je trouvais ça délirant, mais maintenant j'y réfléchis sérieusement. Je me dis que ça pourrait être super intéressant de combiner la musique avec l'écriture d'un scénario ou la réalisation. C'est bizarre, parce qu'il a fallu que je devienne musicien pour qu'on me propose de faire des films !

Tu travailles actuellement sur la musique du prochain Jacques Audiard, ça se passe comme tu veux ?

Rone : Oui, ça se passe super bien. C'était l'un des réalisateurs avec lesquels je rêvais de bosser... et un jour c'est tombé du ciel ! C'est complètement fou, je suis trop trop trop content. En plus, le film est sublime...

Rone & Friends

Sorti le 26 mars 2021
Sur le label InFiné

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