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Réponse au Point : le clubbing, c'est de l'art... et bien plus encore

Réponse au Point : le clubbing, c'est de l'art... et bien plus encore

By Charles Crost
18 Avr 2014

A la lecture de l'article emporté du chroniqueur Sacha Naigard sur le site du Point, nous nous sommes sentis obligés de réagir.

Le site Lepoint.fr publie aujourd'hui une chronique (partie d'une série 'J'ai testé pour vous...') signée Sacha Naigard, dans laquelle l'ancien membre de Second Sex et fan du rock d'Iggy Pop et des Stones part en exploration dans le clubbing parisien dit "à la mode": il se rend à la Machine du Moulin Rouge , au Rex Club et à la Concrète . Il y dépeint des fêtes électro droguées, des entrées très chères et des Djs froids comme la glace bref, des expériences peu recommandables. En tant que média spécialisé, justement, dans ces activités de nuit, nous avons ressenti le besoin de participer à cette conversation.

Le Clubbing, une parenthèse dans le monde réel

Les boîtes de nuit ont toujours eu une dimension sociale : prenons par exemple le club culte de Chicago le"Warehouse", duquel la musique house tient son nom. De 1977 à sa fermeture en 1982 suite au départ du regretté Frankie Knuckles, ce club a toujours été le refuge de la communauté gay afro-américaine et latino. Il faut bien comprendre qu'à l'époque, il n'était pas évident d'être à la fois noir et homosexuel à Chicago. Les clubs permettaient donc à cette communauté de s'affranchir de toutes les "dissimulations" et de supprimer la discrimination mondiale le temps d'une nuit de fête sur de la musique disco.

Le clubbing moderne, celui qui a remplacé les concerts des Stones et d'Iggy Pop dans le coeur des jeunes gens, comporte la disparition progressive du rock comme musique de danse au profit de ce qui sera justement nommé "musique dance", de la disco à la funk, en passant par la musique électronique issue des années 70-80. Depuis les années 90, la house et la techno sont venues renouveler les répertoires des Disc Jockey mais la façon et les raisons de faire la fête restent les mêmes : mettre son quotidien entre parenthèses, se libérer de ses obligations le temps d'une nuit.

Les affiliations clichées entre la drogue et la fête dans l'article du Point sont des plus agaçantes. Certes, comme à l'époque du "rock à papa", certaines personnes peuvent se "libérer" par cette voie, mais raconter que les usagers prennent de la MDMA comme ils boiraient un verre sur la terrasse de la Concrète est de l'ordre de l'idée reçue. En effet, on ne compte plus les efforts fait par les organisateurs pour "dératiser" le bateau de la drogue et proposer un environnement "clean".

La musique club, la nouvelle musique des jeunes (depuis 20 ans au moins)

La musique de club est visiblement une musique que l'auteur de l'article ne semble pas comprendre. Pour essayer d'expliquer les origines de la house et la techno avec des références "rock", on pourra par exemple rappeler l'influence de courants comme le Krautrock, la musique allemande des années 60, ou la musique psychédélique répétitive des années 70.

Hors, c'est de manière empirique que les DJs se sont rendus compte que les morceaux disco les plus répétitifs étaient ceux qui entraînaient le plus les danseurs dans quelque chose que l'on pourrait qualifier de "transe". Exactement de la même manière que les Allemands des 60's comme Neu! ont compris que la structure couplet refrain "à l'anglaise" n'était pas adaptée aux velleités psychédéliques, alors que les "mouvements répétés" étaient plus efficaces.

Cette musique se consomme donc souvent comme une musique de fête, et la majorité des clubbers s'en servent comme un support à la danse. Une partie d'entre eux sont spécialistes de cette musique comme du rock à l'ancienne et ont une exigence extrême dans le choix des DJs qui les feront danser. Il est incroyable de penser qu'on peut encore sous entendre en 2014 que l'électro ne puisse se consommer que sous l'effet de la drogue.

La musique électronique dansante est, par nature, répétitive, concentrée sur des éléments rythmiques. C'est même l'un des principaux dénominateurs communs entre les musiques dites "dance". Il est donc complètement absurde de la juger sur les mêmes critères que le "rock vintage". De même, dans l'héritage d'un psychédélisme expliqué plus haut, l'électro est plutôt une musique introspective : qu'on ne s'étonne alors pas que les danseurs soient "dans leur monde".

Il n'est d'ailleurs plus rare aujourd'hui de voir des festivals de musiques électroniques tout à fait respectables à l'international : certains font même partie des plus grands au monde on pensera notamment, au Sonar, (qui se déroule tout de même dans 6 grosses villes mondiales : Tokyo, Mexico, Barcelone, Reykjavik, Stockholm ou encore Cape Town) au Time Warp... Il est aussi fréquent, d'assister à des nuits électroniques dans des festivals dit "rock" (Rock en Seine, Les Eurockéennes, Le Printemps de Bourges).

Le Djing est un art depuis 30 ans

L'article juge normal de payer 70€ minimum pour les Stones, mais pas 20€ pour, par exemple, une soirée Magie Noire avec Kenny Larkin, légende de la musique de Detroit, figure culte des années 90. Ce dernier prend un cachet conséquent qui récompense un savoir-faire en matière de sélection et de technique de mix reconnue mondialement, au même titre que Jagger pour chanter et danser dans un stade. Le Djing, ce n'est pas exactement comme passer du son sur Spotify à une soirée entre copains, c'est un énorme travail de veille, de recherche, puis d'entraînement technique et enfin d'adaptation.

On reproche aussi au DJ de ne pas faire le show. Il est bien connu que les musiciens électroniques ou les Djs face à leur machine n'ont pas les possibilités de mouvement que celles offertes par une guitare. De même, la sélection et la synchronisation de morceau nécessitent une certaine concentration qui peut ne pas tolérer de prendre le temps de "demander au gens de taper dans les mains". Parfois, cela peut aussi être une attitude "marketing" du DJ, au même titre que les retournements de guitares de groupe comme ZZTop. Plus encore, le rôle du DJ n'est pas de "faire le show", mais de sélectionner la musique qui fera danser la foule. Quoi qu'il en soit, le Djing est une forme d'art depuis qu'un type nommé Kool Herc a décidé de sélectionner uniquement certaines parties des morceaux qu'il jouait et de les enchaîner sur deux platines au lieu d'une seule. Par la suite, ce grand monsieur qu'est Frankie Knuckles "créa" le sampling pour enrichir l'expérience de DJing.

Le clubbing aussi peut être un art, particulièrement quand il mêle costume, performances, scénographie ou encore vidéo, mais il est surtout un moment de vie, que, visiblement, Sacha Naigard n'a pas compris.

Charles Crost & Mathilda Meerschart

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