Rencontre avec Ascendant Vierge, la révélation pop hardcore de l'ère digitale

Rencontre avec Ascendant Vierge, la révélation pop hardcore de l'ère digitale

By Antoine RUIZ
09 Oct 2020

Imaginez la voix éthérée de Mylène Farmer associée à des kicks de techno-pop délirante... voilà, vous avez un visu désormais d'Ascendant Vierge. Fruit de l'union entre Mathilde Fernandez et Paul Seul des Casual Gabberz, ce duo au style cyberpunk avant-gardiste s'apprête à envahir la toile avec son tout nouvel EP Vierge, sorti aujourd'hui. L'occasion pour Villa Schweppes de les rencontrer !

Les plus nostalgiques de la période hardcore des années 90 ont trouvé leur nouvel idole : Ascendant Vierge. Ce duo venant de Bruxelles, formé par la chanteuse/performeuse goth-pop Mathilde Fernandez (passée par les Beaux Arts) et le DJ/producteur Paul Seul, aussi co-fondateur de l'emblématique collectif Casual Gabberz, a de quoi faire tourner les têtes et taper du pied. Souvent décrit comme une version avant-gardiste des Rita Mitsouko, ou comme la relève de Contrefaçon, Sexy Sushi ou encore Die Antwoord, le duo Ascendant Vierge ne fait pourtant rien comme les autres. Rattaché à une forte identité visuelle et sonore qui lui est propre, le groupe s'amuse à piocher le meilleur d'univers très différents (pop française, techno, hardcore, gabber, métal...) pour en faire quelque chose de singulier et tumultueusement mélodieux.

Sans oublier, bien sûr, cette esthétique futuriste qui fait partie intégrante l'authenticité du duo; une esthétique tout droit sortie de l'ère cyberpunk, mixée aux nouveaux codes de la mode et du digital. Ajoutez-y quelque clichés excentriques inhérents à l'imagerie des années 90 voire 2000, et vous obtiendrez un résultat aussi original que bariolé. Un résultat recherché par Ascendant Vierge, qui sait exactement où aller. Exemple avec leur titre phare "Influenceur" et son clip inondé d'effets 3D dignes des meilleurs filtres Instagram. Après la sortie des singles "Faire et Refaire" et "Où sont nos rêves ?" en 2020, le duo dévoile son tout premier mini-album "Vierge", sorti aujourd'hui sur le label allemand Live From Earth.

Villa Schweppes les rencontre en visio, lorsqu'ils étaient de passage à Paris pour le tournage de leur prochain clip pour la track "Impossible Mais Vrai" issue de leur nouvel EP. Interview.

Rencontre avec Ascendant Vierge, la révélation pop hardcore de l'ère digitale

Mathilde Fernandez et Paul Seul, les deux membres d'Ascendant Vierge

Comment est né le duo Ascendant Vierge ?
Mathilde : Alors c'est parti d'un remix, pour mon titre "Oubliette" issu de mon EP Hyperstition sorti en 2018. J'ai envoyé mon morceau à Paul, qui je savais faisait partie des Casual Gabberz dont j'étais et je suis encore fan. Et puis les choses se sont faites naturellement, le remix m'a plus donc j'envisagerais de collaborer plus profondément avec lui.

D'ailleurs vous êtes tous les deux vraiment ascendant Vierge ?
Paul : Moi je suis Vierge.

Mathilde : Moi ascendant Vierge. Le côté ésotérique nous plaisait, ça fait planer un aura mystérieuse autour de nous avec laquelle on a bien aimé joué au début.

Effectivement au début on ne savait pas trop qui vous étiez... Il y a eu un gap d'un an entre la sortie du morceau "Influenceur" et son clip...
Paul : Justement, on voulait laisser vivre la musique en premier lieu. Le titre bien marché l'hiver dernier et surtout pendant le confinement. Ça a été compliqué pour organiser un tournage. Mais pour fêter les 1 an du morceau, on s'est dit que ça pourrait être sympa de faire un clip. C'était pas spécialement calculé mais on a voulu se faire plaisir.

Mathilde : Ça tenait à coeur d'arriver dans le milieu avec quelque chose d'assez mystérieux, en total décalage avec cette musique très colorée, fun et dansante. Surtout qu'initialement, on a nos propres identités visuelles et musicales avec Paul, qu'il a fallu rapprocher. Il fallait faire table rase avant de faire jaillir ce graphisme étrange qui donne une image à notre duo.

On pense souvent qu'on se fout de la gueule de tous ces influenceurs. Mais c'est aussi une grande part d'auto-dérision puis qu'on est carrément dans ce truc là maintenant.

Paul Seul, d'Ascendant Vierge

Parlez-nous d'ailleurs de l'histoire derrière "Influenceur", votre titre phare donc, qui vous a propulsé sur le devant de la scène ?
Paul : J'ai envoyé une de mes prods à Mathilde, que j'avais nommée "The Opportunist" en clin d'oeil à The Horrorist, producteur hardcore techno. Et puis Mathilde a embrayé sur le texte.

Mathilde : Ouais ce thème de l'opportunisme. J'ai réfléchi à quoi ça me faisait penser et l'idée des influenceurs m'est venue assez vite. L'histoire est un peu décevante, peut-être...

Paul : On pense souvent qu'on se fout de la gueule de tous ces influenceurs. Mais c'est aussi une grande part d'auto-dérision puis qu'on est carrément dans ce truc là maintenant.

Mathilde : Ce n'est pas une moquerie. On en rigole, mais on encourage aussi. C'est bienveillant.

Vous avez collaboré avec le studio Golgotha pour "Influenceur", c'était comment ?
Mathilde : On a fait d'abord appel à Kevin Elamrani-Lince, le réal qui était aux commandes aussi du clip pour "Faire et Refaire". Et puis aussi à Killian Loddo, qui lui fait partie du studio Golgotha et qu'on connaissait déjà. Le projet lui a plu et puis ça s'est fait naturellement.

Paul : Kevin et Killian se connaissaient aussi, et ils avaient envie de collaborer sur un projet commun. Donc c'était la bonne opportunité pour donner un bon visuel à ce titre qui nous a servi de coming-out.

Mathilde : Golgotha a fait un appel à projet auprès de graphic designers du monde entier. On pas mal apprécié ce côté ultra collaboratif, qui a débouché sur une effusion très design autour du digital avec les filtres etc. En fait, on fait entièrement confiance en ceux avec qui nous collaborons. On leur a laissé carte blanche pour la DA de la vidéo, et ça collait parfaitement avec l'esprit du morceau ainsi qu'avec l'esthétique que l'on a.

Tout comme pour les clips, il y a tout un stylisme particulier autour d'Ascendant Vierge. Il y a tout un jeu de personnages, de personnalités multiples et d'alter ego.

Mathilde Fernandez, d'Ascendant Vierge

Rencontre avec Ascendant Vierge, la révélation pop hardcore de l'ère digitale

Le duo Ascendant Vierge, par Ines Ziouane

En parlant d'esthétique, il y a tout un monde visuel chargé qui vous entoure. Pour vous le visuel joue un rôle tout aussi important que la musique chez Ascendant Vierge ?
Paul : Sans vouloir définir et mettre des mots précis sur notre esthétique, c'est plus qu'on pioche dans des univers et des influences qui nous parlent. Comme l'esthétique des années 90 voire début des années 2000. Mais aussi tout ce qui tourne autour de l'ère digital et du milieu de l'électronique, comme la vibe cyberpunk. Tout ça nous inspire et va de pair aussi avec ce que l'on produit niveau son.

Mathilde : Tout comme pour les clips, il y a tout un stylisme particulier autour d'Ascendant Vierge. Il y a tout un jeu de personnages, de personnalités multiples et d'alter ego. Et on fait aussi énormément confiance en ceux qui s'occupent de cette partie pour bien refléter la vibe sur laquelle on surfe. On s'entoure d'une équipe forte qui saisit rapidement la vision global ce qu'on attend et de ce qu'on veut faire avec Ascendant Vierge.

Vous êtes souvents comparés à Contrefaçon, Sexy Sushi, Die Antwoord ou encore à Mylène Farmer rencontre la techno... mais qui sont vos modèles d'inspiration ?
Paul : On a chacun nos inspirations mais on peut dire qu'elles se rejoignent beaucoup. Donc ça été plutôt évident quand on a lancé Ascendant Vierge, sur ce à quoi devait ressembler notre style musical.

Mathilde : Après on se cantonne pas à un genre d'inspiration. Chaque artiste se construit en mixant plusieurs influences. C'est vrai que j'aime beaucoup Mylène Farmer, tout comme j'aime Kate Bush ou Nina Hagen. Mais j'aime aussi plein d'univers musicaux très différents, qui ne se limitent pas l'électronique. Comme le métal, par exemple. Donc en mixant les goûts de Paul et les miens, ça a fait comme une sorte de gros magma qui réunit tout ce qu'on aime.

On a une liste d'artistes avec qui on aimerait collaborer qui s'étoffe. On a pensé à Rammstein notamment.

Mathilde Fernandez, d'Ascendant Vierge

D'ailleurs entre Casual Gabberz et Ascendant Vierge... ça doit faire pas mal de taff non ?
Paul : Ça fait beaucoup de taff c'est sûr, mais c'est ça qui me plait. On vient par exemple de sortir un morceau de Kilbourne sur le label de Casual Gabberz. Après je produis aussi beaucoup en solo, et parfois ça m'arrive de dire à Mathilde "tiens ça pourrait être sympa pour Ascendant Vierge ce que je viens de faire". Je suis plutôt à fond sur Ascendant Vierge en ce moment.

Il y a des personnes avec qui vous voudriez collaborer à l'avenir ?
Mathilde : On a une liste d'artistes oui ! Qui s'étoffe, qui s'étoffe. On a pensé à Rammstein notamment... (rires)

Paul : Le groupe allemand Scooter, aussi. En fait, c'est plus des rêves que des envies.

Mathilde : Ah si, on peut carrément parler d'envies. C'est juste que c'est du sérieux, on veut du concret dans ces collaborations, on veut qu'elles voient le jour.

Paul : Oui, c'est ça ou rien.

Mathilde : On a aussi des choses qui sont en cours, qui sont pas encore peaufinées. On ne va pas dire de noms car ça serait comme vendre la peau de l'ours... Mais tout ce qui arrive est très excitant !

Vous êtes apparus sur la toile un peu avant la crise sanitaire et la disparition des clubs... Quelle est votre vision sur la scène électronique et l'avenir des clubs justement ?

Paul : C'est la merde.

Rencontre avec Ascendant Vierge, la révélation pop hardcore de l'ère digitale

Ascendant Vierge, par Sergio de Rezende

Plutôt optimistes ou pessimistes ?
Paul : Ça dépend à quel niveau. Il y a une réalité économique, plutôt grave, c'est certain. Et puis le monde de la fête va mal, c'est déroutant pour nous qui sommes dans le milieu. Après c'est aussi l'occasion de repenser tout ça, de revoir la place de la musique dans notre vie et voir comment on veut la défendre. C'est intéressant. On a profité de ce moment de pause pour produire énormément, on a composé pas mal de nouveaux morceaux, on a pris beaucoup d'avance. On est dans l'expectative, on a hâte que tout reprenne mais on ferme évidemment pas les yeux sur ce qui se passe aujourd'hui avec la crise sanitaire. On essaye d'en tirer le meilleur.

Ça vous manque de jouer en live ?
Mathilde : Évidemment. Mais on a eu la chance de pouvoir jouer sur scène le 3 septembre dernier, à Border City, devant 1000 personnes. C'était super, l'ambiance était folle !

Vous deviez jouer au Berghain aussi, non ?
Paul : Ça devait être notre release party. Notre label Live From Earth a une résidence au Säule, la petite salle du Berghain qui propose des artistes techno un peu plus expérimentaux. On devait faire cette soirée en juin, qui correspondait avec la sortie du disque là-bas, mais tout a été décalé.

Mathilde : Et vu que tout a été décalé, on en profite pour rajouter des titre sur le disque.

Votre nouvel EP Vierge qui sort ce vendredi du coup...
Mathilde : OUI, il est là enfin. C'est un mini-album de 7 titres mais c'est aussi l'aboutissement d'un grand travail.

Un album peut être par la suite ?
Mathilde : Oui c'est prévu.

Paul : On a jamais cessé de composer donc il y a du stock...

Quand les choses se calmeront, vous avez prévu une petite tournée ou quelques dates par ci par là ?Mathilde : Ça paraît presque ridicule de prévoir ça actuellement, on est soumis à la situation mais on est prêts, on a hâte de présenter nos chansons sur scène.

Rencontre avec Ascendant Vierge, la révélation pop hardcore de l'ère digitale

La pochette de l'EP Vierge, par Ascendant Vierge

"Vierge" - Ascendant Vierge
Live From Earth
Sortie le 9 octobre 2020

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