Quelle place pour les femmes DJ en 2015 : discussion avec Jennifer Cardini

Quelle place pour les femmes DJ en 2015 : discussion avec Jennifer Cardini

By Charles Crost
16 Avr 2015

"Où sont les femmes?" Force est de constater que dans le monde de la nuit, surtout du côté des artistes, la parité est loin d'être acquise. On a demandé à Jennifer Cardini, l'une des plus grandes DJs françaises, sa vision des choses.

La techno n'a jamais été aussi populaire. Pourtant, plus encore que dans d'autres registres musicaux, on a le sentiments que c'est un milieu très masculin. Qu'est-ce qui fait qu'il y a un tel décalage entre les genres? Pourquoi les femmes ne sont-elles pas plus présentes dans les grands rassemblements? On a voulu en discuter avec une interessée.

Homme, femme, Jennifer Cardini les met de toutes manières tous à l'amende depuis 20 ans. Résidente de Rex Club, boss du label Correspondant, avec qui mieux qu'elle pouvait-on aborder ce sujet ?

Villa Schweppes : En 20 ans de carrière, tu as vu le monde de le musique électronique grandir avec toi. On a la sensation que les femmes y ont toujours, en 2015, un place réduite...

Jennifer Cardini : Il y a moins de femmes DJs ou productrices que d'hommes. Hélas, notre société est encore aujourd'hui structurée de telle manière que les femmes sont souvent contraintes à devoir choisir entre avoir une vie de famille ou mener une carrière, par exemple artistique. Pour nous, le sacrifice est bien réel, peu de femmes DJ ont une famille. Combien d'hommes sont d'accord pour passer leurs week-ends seuls avec leurs enfants alors que leur femme va mixer à Miami ?

C'est structurel ? Comment remédier à ça ?

Jennifer Cardini : Il s'agit de ne pas se laisser enfermer dans des schémas classiques. Même si les choses ont un peu bougé, les progrès à réaliser sont énormes. Par exemple, il y a un effort considérable à faire par les organisateurs de festivals. On ne cesse de parler de parité et d'égalité entre femmes et hommes, il faut qu'on l'applique à la culture. Il faut programmer plus de femmes dans ces manifestations. Je me demande pourquoi les pouvoirs publics continuent de subventionner des structures qui n'en tiennent pas compte.

Pour les femmes, le sacrifice est bien réel, peu de femmes DJ ont une famille..

Y a-t-il des outils pour aider à cette prise de conscience ?

Jennifer Cardini : Il existe une database, créé par Electric Indigo qui s'appelle female:pressure. Cette plateforme rassemble énormément de femmes qui sont productrices, DJ ou VJ. Elles ne sont pas forcément toutes très connues, mais c'est aux programmateurs d'être un peu courageux, de prendre des risques une fois qu'ils ont booké les têtes d'affiche. Franchement, on ne doit plus entendre des choses comme "Allez les femmes, vous n'avez qu'à vous bouger !", "Les filles, faites un effort !" ou encore "Oh ! On n'a pas trouvé de filles".

Que penses-tu de l'image d'une artiste comme Nina Kraviz, et surtout des réactions qu'elle génère ?

Jennifer Cardini : Personnellement j'aime beaucoup Nina Kraviz, son label et sa sélection en tant que dj sont impeccables. Pour ce qui est des réactions qu'elle génère, il y a des cons partout. Je trouve ça assez minable de parler de son physique ou de sa légitimité en tant qu'artiste et de poster des photos ou des vidéos d'elle sur Facebook... Ces vidéos ne sont pas pires que les vidéos que postent certains producteurs qui ne se sentent plus devant leurs machines analogiques. C'est à la fois sexiste et révélateur d'un manque d'éducation. Ce serait bien de mettre un peu de réalité dans tout ça aussi, que les garçons-hommes qui font ce genre de commentaires réalisent à quel point ils peuvent aussi être imparfaits. La liste "début de calvitie, chauve, gros, moche, qui s'habillent en Rick Owens alors que leur corps ne s'y prête pas du tout" est longue, faites gaffe !

C'est décrédibilisant ce genre de commentaires ?

Jennifer Cardini : Si tu joues avec ces codes et que tu as du succès, on te le reproche, si tu ne joues pas avec mais que ça marche, on te le reproche aussi... Je trouve ces commentaires plus décrédibilisant pour ce qui les font et puis on est toujours là donc...

Le Pulp a donné confiance à tout le monde

La génération dont tu as fait parti s'est fait connaître au moment du Pulp. Après, ça a été moins riche en France. Ce club donnait confiance aux femmes ?

Jennifer Cardini : Ce club a donné confiance à tout le monde, c´était un peu le club de tout le monde. Le manque de ressenti après la fermeture du Pulp est toujours une peu d'actualité. Nous n'avons pas ou peu de club en France ou on retrouve ce mélange social. Mais oui en effet le fait que ce fut un club de femmes, tenu par des femmes, a du nous donner confiance, à Chloé, à moi mais aussi à toute un génération de filles. Le Rex m'a aussi donné confiance en me proposant de devenir résidente, au même moment d'ailleurs.

Jennifer Cardini jouera cette année à la Villa Schweppes à Cannes. Retrouvez toutes les infos par ici.


Jennifer Cardini - Overdrive Infinity par OverdriveInfinity

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