PWFM nous en dit plus derrière le doc

"La nuit venue, on y verra plus clair" : discussion avec PWFM

By Antoine RUIZ
09 Déc 2020

Alors que le monde de la fête est touché de plein fouet par la crise sanitaire, de grands noms du milieu en profite pour faire le point sur certains sujets... comme la place de la femme dans la musique électronique. En collaboration avec Le Bruit de Fond, PWFM se penche sur la question dans son documentaire "La nuit venue, on y verra plus clair", prévu pour 2021... Interview.

Il y a plus de 3 ans déjà, on vous présentait Provocative Wave For Music, alias PWFM, le collectif d'organisation d'événements, mais aussi label de musique, webradio et promoteur de jeunes talents du milieu électronique. En septembre 2019, le crew parisien initiait ses soirées "Provocative Women For Music" pour mettre en avant les productrices et DJ, avec un VJing à la fois conscient et participatif diffusant des témoignages de femmes ayant subi des agressions, encaissé des réflexions déplacées, rencontré des obstacles suite à leur genre ou orientation sexuelle. Une qui a été reconduite en février dernier, puis qui a débouché sur la création de la plateforme digitale "Des Colérées", mettant en avant divers enjeux, tous axés autour d'un thème principal : la place de la femme au sein de la culture française; mais aussi Act Right, label de qualité à destination des professionnel·le·s visant à rendre la nuit plus safe, paritaire, mixte, inclusive et respectueuse de l'environnement.

#MeToo, #BalanceTonPorc, #MusicToo... Aujourd'hui, alors que de gros mouvements internationaux donnent la parole aux femmes des industries artistiques, PWFM s'associe à Le Bruit de Fond webzine dédié aux cultures urbaines et underground – pour se pencher plus en profondeur sur la question de la place des femmes dans la musique électronique. Comment ? Par le biais d'un documentaire, intitulé La nuit venue, on y verra plus clair. Le projet vidéo confronte les points de vue et les expériences vécues autour de cette scène, depuis son public (les fêtardes) jusqu'à ces actrices actives (DJs, productrices, organisatrices...). À l'occasion de sa sortie, attendue pour début 2021, Villa Schweppes échange avec Marion Delpech de PWFM (aidée par Le Bruit de Fond) pour en savoir plus sur les coulisses derrière ce projet... Rencontre.

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous associer à Bruit De Fond et à réaliser ce documentaire ?
MARION DELPECH : Ca fait longtemps que je bosse avec le Bruit de Fond sur des événements PWFM, que ce soit pour des photos et/ou des formats vidéos. En septembre 2019, j'organisais la première Provocative Women for Music à Glazart, un événement totalement paritaire que ce soit les artistes sur scènes (DJ et VJ) mais aussi les photographes présent·e·s. J'invitais des femmes qui ensuite invitaient des hommes pour effectuer des B2B – histoire d'inverser le rapport de force. L'équipe du Bruit de Fond é tait donc présente sur cet événement pour faire un aftermovie de l'événement et y questionner les artistes présent·e·s autour de la place des femmes dans l'électro. Très rapidement, on s'est rendu·e·s compte qu'il fallait aller plus loin... Cette problématique est tellement vaste qu'il fallait plus que quelques témoignages. Ça s'est donc imposé comme une évidence de bosser ensemble sur ce sujet de fond ! De mon côté, il me semble important d'inclure les hommes dans ce projet – l'équipe du
Bruit de Fond étant composée de 3 jeunes hommes - car c'est une question de société qui concerne tout le monde.

Aussi, c'est une jeune équipe, pleine de motivation, de talent et très complète. Je me charge du casting et de la direction du projet mais eux s'occupent de l'intégralité du tournage, montage et post-production, de l'écriture jusqu'au sound design. Je trouve ça super de bosser ensemble sur leur premier documentaire de cette ampleur, et c'est réjouissant de mettre en avant les acteurs de demain, la relève c'est eux !

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Jasmine Azarian (DJ) et Bonnie Lisbon (VJ)

Faut s'attendre à quoi du coup dans "La nuit venue, on y verra plus clair" ?
MARION DELPECH : La nuit venue, on y verra plus clair est un documentaire coupé en 2 épisodes, qui questionnent aussi bien le public que les professionnel·le·s des musiques électroniques. On y questionne la sécurité des femmes d'un côté mais aussi leurs parcours professionnels. Comment se lancer dans un milieu encore très macho ? Comment faire face aux remarques sexistes sur les réseaux ? Que penser des programmations encore très blanches et masculines ? Faut-il imposer des quotas ? Comment briser le plafond de verre etc etc...Évidemment cela questionne également d'autres problématiques comme l'intersectionnalité, la non-binarité et la transexualité... On essaie de proposer plusieurs visions, et par plusieurs prismes afin d'établir un réel état des lieux de la situation actuelle.

Au final, ce sont plus de de 50 personnes qui s'y expriment... On y trouvera notamment Agnès Saal qui est en charge de l'égalité femme/homme au Ministère de la Culture, RAG du collectif Barbieturix, Andy4000 très active chez Rinse France, u.r. Trax, Glitter, mais aussi Clémence Meunier qui a rédigé le gros dossier sur #MusicToo dans le Tsugi de novembre, et tout plein d'autres personnalités aussi diverses que variées pour être le plus représentatif possible !

Quelles ont été vos inspirations ? Quelle ressources avez-vous utilisé ?
MARION DELPECH : Pour ma part, pas vraiment d'inspirations à mentionner ahah. Dans le sens où je réfléchis sur ces problématiques depuis bien 2 ans, de manière générale autant dans la culture que dans les musiques électroniques. C'est beaucoup de tables rondes, d'échanges, et de lectures d'articles, essais et mémoires sur ces sujets.

LE BRUIT DE FOND : On a pu récolter un nombre très important de prises de paroles, parfois en désaccord, souvent se complétant les unes des autres. Je pense que la richesse des témoignages et la diversité des personnes interviewées constituent un terreau très riche pour la constitution d'un projet comme celui-là. On a beaucoup appris en travaillant sur la réalisation de ce documentaire.

Avez-vous vu le docu Sisters With Transistors ? Quelles sont les figures féminines de la scène électronique française à connaître absolument ?
MARION DELPECH : Pas encore ! Mais il parait que ce docu est vraiment chouette. Concernant les figures françaises, on pourrait très bien citer des artistes comme Anetha, Sentimental Rave, Miley Serious, u.r Trax... Mais pour ma part, je vais en profiter pour des citer des femmes de l'ombre. C'est une question centrale du documentaire : as-tu eu des modèles pour t'épauler lors du début de ta carrière ? De mon côté, j'ai tenté de batailler seule avec mes petits poings mais ça fait environ un an que je travaille sur des projets divers avec Cindie le Disez, co-fondatrice de l'agence AMS Booking avec des artistes comme Ascendant Vierge, Casual Gabberz, Crystallmess, et avec qui je monte le label de qualité Act Right.

Et je voudrais aussi citer Alexandra Jouclard, avocate en propriété intellectuelle dans la culture et les musiques électroniques. Une fois par mois, on organise des petits déjeuners de femmes dans la culture, pour créer de la sororité, avec Des Colérées. Ce sont probablement deux noms peu connus pour le public, mais elles font partie du peu de femmes qui font bouger les choses en France, qui sont hyperactives, et avec qui je suis super contente de travailler.

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LISA, lors de la soirée Provocative Women For Music #2

D'ailleurs, qu'en pensez-vous justement de la place actuelle de la femme dans la scène électronique française ?
MARION DELPECH : Ca avance... Doucement mais sûrement. On voit plus de femmes sur les programmations même si c'est encore très rare. J'espère qu'en 2021, on ne verra plus un seul plateau 100% masculin et blanc. Mais les D.A. et organisateurs commencent sérieusement à intégrer cette information – ou tout du moins dans mon entourage. Et il y a de plus en plus de femmes DJ qui se lancent également, les réseaux de sororité se multiplient, c'est super !

Pour les é quipes en interne, ce n'est pas encore ça mais le processus est long... Il faut inciter les femmes à se professionnaliser, c'est pour quoi je ne prends que des stagiaires femmes par exemple. Je sais que c'est la discrimination et que ce n'est pas lé gal mais c'est important de leur laisser cet espace.

La fête (qu'implique la musique électronique) est-elle vraiment libre ?
MARION DELPECH : Non. L'image est belle, et c'est sûrement l'endroit où l'on a le plus de liberté mais l'on a jamais 100% de liberté. Tout simplement parce que la liberté s'arrête là où celle des autres commencent. Par contre, ce qui est super, c'est que tu peux être qui tu veux, te déguiser, te détacher des carcans que la société t'impose. Un banquier la semaine peut venir tout habillé en paillettes et chaussures à talons le week-end !

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EKPLX, lors la première soirée Provocative Women For Music

Quelle est votre vision sur l'avenir de la femme dans ce milieu ?
MARION DELPECH :J'imagine cet avenir positif, plus diversifié, et je ne vois pas pourquoi on y arriverai pas. J'ai bon espoir !

Et sur l'avenir de la musique en générale, avec cette pandémie mondiale ? Comment la femme peut faire changer les choses selon vous ?
MARION DELPECH : Je ne sais pas si les femmes peuvent faire quelque chose de plus que les hommes sur le plan de la musique. Parce que la musique est liée aux conditions sanitaires en ce moment, et donc nous ne sommes maître·sse de rien.

Par contre, je pense que si les femmes prenaient le pouvoir et la politique, on ne serait sûrement pas dans un monde aussi toxique, aussi pernicieux et aussi violent. On serait sûrement plus respectueux·euses vis-à-vis de la Terre, vis à des vis des gens qui nous entourent et vis-à-vis des animaux. Et donc peut-être nous n'aurions pas de pandémie ? Mais avec des si...

"La nuit venue, on y verra plus clair"
Documentaire de PWFM et Le Bruit de Fond
Sortie attendue pour début 2021

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