Metronomy : caméléons de la production

Metronomy : caméléons de la production

By La rédaction
14 Mar 2014

Quand on regarde la carrière de Metronomy, l'évolution de sa musique est frappante. Cela vient, souvent, d'un changement radical d'outils de compositions.

Pour comprendre à quel point Metronomy a pu évoluer, il faut bien imaginer qu'avant l'explosion que l'on connait, Joseph Mount avait approximativement le même matériel que vous et moi : un simple ordinateur. Il jouait par ailleurs de la batterie avant d'étendre son savoir-faire de manière à maitriser à minima chaque instrument.

Le premier album de Metronomy, "Pip Paine", sera un pur album de Bedroom Music. Les guitares sonnent comme enregistrées directement dans l'ordinateur, sans pré-amplificateurs, sans enjolivements. Les synthétiseurs, générés directement sur l'ordinateur, sonnent parfaitement et seront mélés à des mélodicas cradingues. Si cet écart de qualité sonore est généralement un défaut chez les musiciens auto-enregistrés, ce sera la force du premier disque : les mélodies se voudront surréalistes pour rattraper une densité de son plutôt maigre, les beats seront alambiqués à défaut de pouvoir être puissants. "Pip Paine" est clairement un coup de génie au vue des moyens de Metronomy.

Le buzz aidant, le second album aurait pu être réalisé dans de bien meilleures conditions. Mais comme Mount l'expliquait à l'époque à Brain Magazine, "Nights Out" a été essentiellement travaillé, à nouveau, sur son ordinateur. Cet album sera, avec ses mêmes outils, bien plus pop : le groupe va commencer avec des morceaux comme "Heartbreaker" a conquérir un public plus large.

Happé par la volonté de devenir un vrai groupe, Metronomy va devenir un quatuor à la faveur d'un changement de line up : une batteuse et un bassiste de métier viendront remplacer Gabriel Stebbing, le précédent bassiste du groupe. Grâce au succès des premiers albums, le groupe va s'offrir des sessions de studio nettement plus propres pour "The English Riviera". Le son deviendra ainsi plus puissant, plus précis et plus lisse, selon certain. La musique du groupe va évoluer avec la production : les synthés et les guitares se trouveront bien moins criards, les batteries joueront l'efficacité. Plus encore, les Anglais offriront une composition bien plus classique, dans une tradition nationale pop évidente, avec l'ingéniosité typique de Mount et ses compères. Si les textures restent par moment alambiquées, les choix seront faits de manière beaucoup plus fine.

Le choc sera d'ailleurs surpuissant : vos mères commenceront à acheter leurs disques alors que les fans de "Pip Paine" feront la grimace. Pourtant, quelques mois après la sortie de ce disque, la critique s'accorde à dire que c'est un véritable monument de la pop music. Rétrospectivement, on peut se rendre compte que c'est véritablement un album de mue : un pied dans l'électronica des débuts, un autre dans la pop fantasmée du futur "Love Letters".

"Love Letters", justement, est bien plus "joué". Les ordinateurs ont été au maximum laissés à l'écart : les boîtes à rythmes sonnent comme les premières Roland, les guitares se jouent folk -et à 12 cordes?- pour la première fois. Les synthés ont, la plupart du temps, laissé leur place à des sons type orgues 60's. Quand ils s'utilisent encore, ils se veulent très analogiques, physiques. L'album est profondément marqué par un usage intense des chorus et phasers, probablement non émulés par ordinateur. Le mode de composition ne laisse que peu de place à l'ambiguïté : si Metronomy était devenu un groupe sur "The English Riviera", il est devenu un véritable groupe live avec cet opus. Mount a visiblement nettement plus travaillé avec ses camarades et le résultat est sans appel : les singles sont en rotation massive sur vos baffles et les ventes s'envolent.

Passer de l'ordinateur cheap aux studios suréquipés en sachant y adapter parfaitement sa musique n'est pas chose facile. Les mauvaises langues diront que les Strokes s'y étaient cassé les dents avec "Angles" et "Comedown Machine". Metronomy, eux, ne cessent de changer de cadre sans même être inquiétés par l'exercice, grâce à une grande intelligence de composition. C'est peut-être même leur plus grande force.

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