Les conseils de Jennifer Cardini pour fonder une carrière électro sur la durée

Les conseils de Jennifer Cardini pour fonder une carrière électro sur la durée

By Charles Crost
04 Mai 2015

20 ans de DJing et toujours aussi au fait de l'actualité : Jennifer Cardini est logiquement la marraine du BPM Contest. On lui a demandé de donner quelques conseils aux différents candidats.

On avait déjà longuement discuté de la place des femmes dans la musique électronique avec Jennifer Cardini. Alors qu'elle est marraine du BPM Contest 2015, un tremplin pour les producteurs de demain, on a repris la conversation autour d'un autre aspect qui fait de cette DJ une exception : sa longévité. Elle fera d'ailleurs partager tout son savoir faire pendant le Festival de Cannes, à la Villa Schweppes !

Comment faire pour durer aussi longtemps ? Comment à changer le business en 20 ans ? Qu'est-ce qui fait un bon live ? Voici tous les conseils de Jennifer Cardini pour fonder une carrière dans la musique électronique.

Villa Schweppes : On se rencontre dans le cadre du BPM Contest. Tu avais déjà été marraine d'un événement de ce type ?

Jennifer Cardini : Oui, pour le tremplin de DJ du Name Festival. il était organisé par des amis, donc on a beaucoup rigolé, c'était assez cool. J'espère que ma présence au BPM 2015 va encourager les femmes à participer.

Tu invites souvent des artistes à jouer live dans les soirées Correspondant. Qu'est-ce qui fait un bon live ?

Jennifer Cardini : Le BPM n'est pas exactement un concours de live. Disons plutôt un concours de producteurs : si le live n'est pas prêt, les candidats peuvent faire un dj set et mixer leurs morceaux sur platines par exemple. Après, ce qui fait un bon live... Je suis assez difficile là-dessus. J'aime bien Daniel Maloso ou Mathias Aguayo par exemple. J'aime quand le live est humain, quand l'artiste fait interagir le public. Je comprends qu'on soit timide, mais le live statique, c'est un peu ennuyeux. Il faut donner de soi, bouger, être un peu rock 'roll. David Shaw, par exemple, fait ca très bien. Le live de Recondite est très bien aussi, très puissant. J'étais restée scotchée quand on l'avait fait joué à Fabric pour Correspondant.

Comment conseillerais-tu aux candidats d'aborder leur live ?

Jennifer Cardini : J'aime quand ce n'est pas linéaire, je trouve intéressant de construire mais aussi de déconstruire. Dans un dj set, tu peux installer des choses, raconter une histoire avec des moments forts et d'autres moins. Mais le live, c'est plus court. C'est très compliqué de réussir à générer ça. L'attente du public n'est pas la même. Il faut vraiment tout donner en un temps réduit, garder la tension.

Comment installe-t-on une carrière sur le long terme, comme tu as pu le faire ?

Jennifer Cardini : Entre moi qui ai 40 ans, qui mixe depuis 20 ans et quelqu'un qui débuterait aujourd'hui, c'est complètement différent. Le milieu a vraiment changé. Quand j'ai commencé, il n'y avait pas d'agence de booking, pas de management, on s'amusait, on était jeune et un peu idiot (rires)... On s'est construit en même temps que la scène. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus d'infrastructures mais aussi beaucoup plus de gens qui aspirent à devenir dj ou producteurs. Pour ma part, je n'ai pas de nostalgie d'une certaine époque, et je travaille beaucoup. J'écoute toujours beaucoup de musique et que je suis très curieuse de ce qu'il se passe "maintenant" dans la musique électronique.

Dans un live, il faut vraiment tout donner en un temps réduit, garder la tension.

Tu as vu le avant/après internet. Qu'est-ce que ça a changé dans l'approche du Djing par le public ou par rapport au développement des carrières ?

Jennifer Cardini : Il y a eu une starification des DJs qu'on ne peut pas nier. J'ai parfois l'impression que c'était plus simple pour ma génération : tu allais dans ta boutique de disques habituelle, les promoteurs venaient y déposer des flyers. Tu discutais avec eux et tu commençais à mixer. Aujourd'hui, il y a tellement de profils Soundcloud, de profils Facebook, ... On est noyé dans cette masse de communication. Il y a des cotés positifs et négatifs mais on peut dire que l'envie ne suffit plus.

Est-ce qu'on peut encore baser une carrière sur le Djing ?

Jennifer Cardini : Dans de très rares cas, oui... C'est le cas du jeune et talentueux Job Jobse par exemple mais je pense qu'aujourd'hui, ce n'est plus si facile. Pour la nouvelle génération il faut passer par la production, puis trouver un booker ou être repéré par un management. Ça va très vite aussi, on a parfois peu de temps pour construire ou d'installer quelque chose de solide.

Il y a eu une starification des DJs qu'on ne peut pas nier.

En 20 ans de carrière, est-ce qu'on a des phases, musicales notamment ? Comment on se renouvelle ?

Jennifer Cardini : Je crois qu'il y a un fil conducteur, un son que j'aime bien auquel je suis fidèle. J'ai essayé des choses sur le plan technique, Traktor par exemple, que j'ai depuis délaissé. Je continue à aller acheter des disques, à lire la presse, j'écoute beaucoup de démo. Et comme tout le monde je checke ce que postent mes amis ou les labels que je suis sur Facebook ou Soundcloud. Même si j'adore des labels que je mixais dans les 90's comme Underground Resistance ou Dance Mania, que je joue de temps en temps, je ne me verrais pas mixer que ça. Il se passe tellement de choses. Il y a tellement de chose bien en ce moment !

Tu as monté ton label Correspondant. Qu'est-ce qui y décide la sortie d'un morceau ?

Jennifer Cardini : Sur Correspondant, il y a un peu de tout. C'est à l'image de mes sets. Les sorties se décident au coup de coeur. Je joue les démos que je reçois, je test. J'ai joué "Trommer & Bass" d'André Bratten, sorti l'an dernier pendant six mois avant sa sortie et c'était l'explosion à chaque fois. J'étais impatiente qu'il sorte. En mai le label va sortir l'album de Man Power, c'est notre premier album, le travail a été complètement diffèrent, enrichissant.

La digitalisation de la musique électronique, qu'en penses-tu ?

Jennifer Cardini : Sur Correspondant, on presse des vinyles, mais pas à chaque fois. Pour Vox Low, notre dernière sortie, on a pressé 300 copies. Même si on peine toujours un peu à vendre les sorties qui tournent à 105/110 BPM, je ne voyais pas cet Ep sortir qu'en digital. L'idée qu'il termine oublié sur un disque dur était un peu triste. Le revival house et techno prend énormément de place en ce moment, les gens n'achètent que ça, il faut aussi prendre ça en compte quand tu as un label. Personnellement je joue avec des clés USB, ce medium me plaît et est très confortable. Je continue à acheter des disques mais en général des albums, de l'ambiant ou de la pop. Après honnêtement les discours Mp3 vs Vinyle m'ennuient à mourir. Les choses changent, il faut faire avec.

Quelles sont les nouvelles choses qui te plaisent actuellement ?

Jennifer Cardini : Bird Of Paradise, Antenna, Oleg Zolotarev, Man Power, Myr, Palms Trax, .....

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