Interview : Adrien Assadian, le directeur artistique du Djoon

Interview : Adrien Assadian, le directeur artistique du Djoon

By Juliette Hautemulle
28 Jan 2016

Le Djoon est l'un des clubs emblématiques de Paris. Un club qui, depuis 13 ans a vu les débuts de Levon Vincent, Black Coffee, Dixon, The Martinez Brothers, ou encore Maya Jane Coles, MCDE. Treize années sur lesquelles on revient avec Adrien Assadian, le directeur artistique des lieux.

La Villa Schweppes : Bonjour Adrien ! Déjà, commence par te présenter un peu et nous en dire un peu plus sur ton parcours.

Adrien Assadian : Adrien, 23 ans. J'ai la chance de gérer la programmation du Djoon depuis un peu plus d'un an maintenant. Après, entre nous, je ne fais pas que travailler au Djoon, j'y ai un peu grandi, en fait ! Le lieu a été créé en 2003 par mes parents et j'ai donc baigné dans un joli melting pot musical depuis tout jeune. C'est vraiment un plaisir de pouvoir travailler avec certains de mes artistes favoris et de pouvoir participer à en faire découvrir d'autres.

Le Djoon est décrit comme "Soulful Club". Un club très house aussi, on se trompe ?

AA : On prend vraiment le terme au pied de la lettre, en fait : pour nous "Soulful", c'est simplement une musique qui a une âme. L'idée, c'est de défendre tous les styles musicaux qui nous touchent : que ce soit la house, le disco, l'afro, le latino, le hip-hop... Tant que la soul est là, c'est l'essentiel ! On aurait aussi pu dire "black music de qualité", mais ça ne rentrait pas dans le logo... (sourire)

... et un club ou on peut aussi déjeuner et dîner ! Drôle de combinaison, non ?

AA : Pas vraiment. Au Paradise Garage, on pouvait bien y garer sa bagnole alors, en comparaison, pouvoir manger un bout chez nous, ça ne me paraît pas si insolite que ça ! Certains clubs sont fermés 5 jours sur 7, parce qu'ils ont été conçus uniquement pour fonctionner de nuit. Quand on a 5 mètres sous plafond et de grandes baies vitrées avec vue sur le métro aérien, ça serait dommage de ne pas en profiter ! Bon, le soundsystem est un peu démesuré pour le restaurant mais, le bon côté, c'est que le club a le droit à 100 m² de terrasse en guise de fumoir... Au final, tout le monde s'y retrouve !

Interview : Adrien Assadian, le directeur artistique du Djoon

Le Djoon dans le 13ème - Photo 1

Interview : Adrien Assadian, le directeur artistique du Djoon

Le Djoon dans le 13ème - Photo 2

Pourquoi, à ton avis, le Djoon a cette renommée internationale auprès des artistes au même titre que Le Rex Club ?

AA : C'est un beau compliment que vous nous faites, là ! Je ne crois qu'on y soit encore, mais c'est un bel objectif à atteindre en tout cas. En même temps, Le Rex a 15 ans d'avance sur nous...
Mais vous faites bien de parler d'international : seulement un quart de nos fans sur Facebook sont Parisiens... Notre visibilité en dehors Paris est très liée à notre programmation. Pendant des années, on a été les seuls à ramener certains artistes new-yorkais ou sud-africains à Paris. On a donc forcément un beau following là-bas... Et puis on exporte aussi l'esprit du Djoon à l'international avec le label The Djoon Experience, en organisant des soirées dans d'autres clubs ou encore grâce à notre festival en Sicile (qui revient cet été pour sa deuxième édition), par exemple.

As-tu la sensation que le club a aussi profité de l'investissement des berges de Seine du 13ème (Wanderlust, Nüba, Concrete...), mais aussi plus généralement de ce regain d'intérêt des gens pour la musique électronique et ce depuis plusieurs années maintenant ?

AA : Je dirais plutôt que les autres lieux du quartier ont profité des graines semées par Le Djoon et Le Batofar, par exemple. En 2003, quand Afshin a ouvert le Djoon, on lui disait qu'il avait "bien du courage d'ouvrir un club en banlieue"... Aujourd'hui, pour moi, c'est un des quartiers les plus intéressants de Paris. Grâce à tous ces protagonistes, il s'y passe toujours quelque chose !

Avec le recul, quel restera la ou les meilleure(s) soirée(s) du Djoon depuis son ouverture ? Et depuis que tu y travailles ?

AA : J'ai la chance d'y être quasiment tous les soirs maintenant, mais c'est vrai que j'avais 10 ans quand le Djoon a ouvert ses portes ! J'ai donc raté beaucoup de soirées un peu historiques comme John Legend en live, l'aftershow du "Alive" des Daft en 2007, les premières fois à Paris de Levon Vincent, Black Coffee, Dixon, The Martinez Brothers, Maya Jane Coles, MCDE et j'en passe... Mais aussi les nombreux passages de Theo Parrish ou Joe Claussell, la grande époque des soirées dédiées aux danseurs comme Dance Culture avec Greg Gauthier ou Atmosphere avec Tijo Aimé, India, Peven Everett ou Kenny Bobien en live, Larry Heard, Osunlade b2b Âme pour la résidence de Franck Roger à l'époque : The Five Beats...

Un soir, Mos Def s'est pointé en secret guest et n'a plus voulu lâcher le micro

Depuis que j'y travaille, je pense que les plus belles claques que j'ai prises sont le dernier passage de Terrence Parker en mode funk et disco à la soirée My Grooves, la venue de Danny Krivit à la Motown Party de Reverend P, mais aussi quand Milesfender a invité Pete Rock et quand Mos Def s'est pointé en secret guest et qu'il n'a plus voulu lâcher le micro ! Après, les passages d'artistes un peu emblématiques comme Osunlade, Danny Krivit, Louie Vega, Timmy Regisford et Terrence Parker dans un lieu aussi intimiste que le Djoon sont toujours mémorables ! J'ai aussi de très bons souvenirs de soirées aux line up plus modestes, comme la première fois de K15, l'inoubliable set que Tom Noble nous a sorti en mai dernier et le live de Playin' 4 The City après près de 10 ans d'absence en novembre dernier !

Et le pire fail vécu ?

AA : On devait accueillir Kyodai pour une soirée au Djoon il y a quelques années. C'était début janvier et c'est très beau Paris sous la neige, mais quand on a 1 mètre de neige sur les routes et que même les métros s'arrêtent, ça complique un peu les choses...

Vendredi 8 janvier dernier, le webzine Dure Vie a fêté ses 3 ans chez vous. Tu bosses avec beaucoup de jeune collectifs/ webzines/ labels ? Des noms de jeunes artistes à suivre à nous donner ?

AA : Quelques-uns, oui ! Je ne vais pas tous les lister (j'ai toujours peur d'en oublier), mais ce que je peux dire, c'est qu'on recherche avant tout avant de travailler avec des gens avec qui on a une vraie affinité musicale. Cette année, pas mal de jeunes collectifs, crews ou labels ont vraiment adhéré à l'identité du Djoon et j'en suis vraiment content !
Après, en ce qui concerne les artistes à suivre, les deux noms qui me viennent en tête tout de suite sont Djeff Afrozilla qui est, pour moi, un des futurs grands noms de la house qui nous vient d'Angola. Ou encore DJ Shimza, un grand talent sud-africain et ex-poulain de Black Coffee (à l'instar de Culoe De Song) qui a maintenant monté son propre label et qui remplit à lui seul des stades entiers en Afrique du Sud depuis un moment... Sinon, gardez un oeil sur Indigènes, un duo de producteurs à l'identité secrète qui ont sorti un EP chez nous cet hiver et qui reviennent très vite avec un second. Leurs prods ont déjà une énergie assez dingue et vu qu'on a Borrowed Identity, Raoul K et Osunlade qui se sont collés aux remixes, je vous laisse imaginer le résultat !
J'aime aussi beaucoup le premier album de Secret Value Orchestra qui vient de sortir ce mois-ci. Et puis deux des labels house français les plus intéressants sont aussi deux des plus jeunes : Instinctive Records et Ondulé Recordings. Si je ne dis pas de bêtises les deux labels ont un an ou deux seulement et déjà quelques très belles sorties à leur actif. J'ai vraiment hâte d'entendre la suite !

On pousse le format all night long le plus possible, c'est vraiment important pour nous

Dans tes rêves les plus fous, à quoi ressemblerait ta soirée idéale (Où ? Avec quel line up ? etc.) ?

AA : Je crois que je l'ai déjà vécue, en fait : la Yoruba Records Boat Party à l'occasion de la première édition de notre festival en Sicile ! Osunlade commence à jouer du jazz pendant que l'on déguste des pasta siciliennes. Le bateau s'arrête le temps d'aller piquer une tête et, en sortant la tête de l'eau, les cuivres du "Slippin Into Darkness" de War résonnent dans la crique. Des plateaux de fruits frais nous attendent sur le bateau et tout se termine par un coucher de soleil... Une folie ! J'ai aussi plein d'autres idées, mais croyez moi, vous ne voulez pas vous retrouver dans ma tête ! (rire)
Sinon, on a ouvert Le Trac, un café théâtre, à quelques pas du Djoon... Je ne dis pas non à un concert unplugged de Prince là-bas...

À quel(s) DJ(s) confierais-tu les clefs du club ?

AA : À beaucoup ! On pousse le format all night long le plus possible, c'est vraiment important pour nous. Moomin jouera plus de 6 heures la semaine prochaine. Louie Vega, Glenn Underground, Djeff Afrozilla et plein d'autres ont joué le jeu l'année dernière et on a un ou deux all night long assez fous à l'horizon...
Après, si vous entendez par là au-delà d'une soirée, un artiste à qui je pourrais laisser les clefs du lieu un peu plus longtemps (le temps de me prendre des vacances, par exemple !) serait Osunlade. J'adore sa manière de travailler et sa façon de voir et d'aborder notre scène. Musicalement, c'est un génie, et, humainement, c'est un amour.

C'est quoi l'hymne musical du Djoon (un ou plusieurs tracks que tu trouves représentaif(s) du lieu) ?

AA : Un peu de soulful, un peu d'afro et un peu de disco, histoire de couvrir toutes les bases :
The Djoon Experience ft. Kenny Bobien - "Old Landmark" (Joe Claussell Mission For Today Vocal Mix).
Patrice Rushen - "Haven't You Heard".
Afefe Iku - "Mirror Dance".
Sinon, on a pu retrouver le déjà classique "Dance" de Louie dans beaucoup de sets cette année. Il est vraiment universel, que ce soit chez les DJs disco, house ou afro, tout le monde se l'arrache et le public répond toujours aussi bien sur le titre. Grosse fierté aussi le jour où je suis tombé par hasard sur ce track, "Djoon" de Jovonn qui est un des mes producteurs favoris.

Quoi de prévu côté programmation à venir ? Des exclus à nous livrer ?

AA : Au Djoon, on a deux sets all night long de deux duos assez énormes qui arrivent bientôt. Le genre d'artistes que vous ne vous attendez pas à voir jouer dans un club de 400 places...
Sinon, The Djoon Experience débarque à La Machine du Moulin Rouge le mois prochain avec Open Minded et on vous a préparé un line up qui risque de faire très mal : Djeff Afrozila, Shimza, Afshin (le fondateur du Djoon), Manoo qu'on ne présente plus et l'adorable Mr Raoul K.

Dis-nous une chose qu'on ignore sur le Djoon.

AA : Djoon est un mot persan qui, selon le contexte, peut vouloir dire "amour" ou "chéri" ou encore "l'âme".

Au Djoon...

AA : Le motto de la Dance Culture, qui au final colle bien au lieu dans son ensemble : "Dance like nobody's looking."

Le site internet du Djoon
La page Facebook du Djoon

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