New

Halasan Bazar & Tara King th :

Halasan Bazar & Tara King th : "La musique française est très perfectionniste"

By Charles Crost
28 Nov 2014

Quand les pontes danois de la psych-pop rencontrent leurs alter-egos français, ça donne le magnifique album "8". On a voulu en savoir plus sur la collaboration entre Halasan Bazar et Tara King th à l'occasion de leur passage à Paris.

On vous avait déjà parlé des excellents Halasan Bazar dont un disque solo vient de sortir sur le label français Requiem Pour un Twister. Dans le même temps, ils ont réalisé un très beau disque avec les irrésistibles Tara King th, dont nous vous avions présenté en avant-première l'un des clips, proposé par les américains Moon Glyph.

Partir à leur rencontre tenait de l'évidence tant ce disque a tourné en flux tendu sur notre platine, tant les 9 morceaux qui le compose nous ont scotché. Si vous débarquez encore et n'y avez pas jeté une oreille, foncez sans plus attendre : "8" est l'excellente surprise de cette fin d'année.

Nous sommes donc allé discuter avec eux dans la warehouse qu'ils squattaient à la Courneuve pour boucler la boucle. Le soir même, ils ont donné un très joli concert àl'International et sortaient d'un showcase plus intimiste donné au Motel.

Villa Schweppes.com : Comment vous-êtes vous découverts, puis rencontrés ?

Fredrik (Halasan Bazar) : On a tous deux fait des choses sur Moon Glyph. L'année dernière, quand nous cherchions à tourner en France, on s'est mis à parler avec Arnaud de Tara King th pour essayer de monter quelques dates. On n'a finalement pas pu jouer ensemble, mais c'est là qu'on a commencé à discuter.

Combien de temps à duré l'enregistrement de 8 ?

Fredrick : Ça a duré seulement 6 jours pour jouer, travailler, enregistrer.

Beatrice (Tara King th) : On s'est envoyés des morceaux avant de se rencontrer, sans savoir trop si on allait se voir pour enregistrer. Finalement, ils ont pris des billets pour passer une semaine avec nous. On est chacun venus avec des morceaux plus ou moins avancés, avant de les jouer, travailler et arranger ensemble. Certains sont simplement rejoués ensemble, d'autres ont été complètement transformés.

Arnaud (Tara King th) : Il y a eu aussi beaucoup de boulot derrière, en production. En 6 jours, il faut se rendre compte qu'on obtient essentiellement des prises brutes. On s'est beaucoup envoyés de mail par la suite sur le son, les choix esthétiques, des choses très précises comme le son d'une ligne de guitare, par exemple.

L'album sonne très fluide, ce qui est rarement le cas dans ce genre de collaboration. C'est très homogène. Est-ce que la direction, dès le départ, était posée très clairement ?

Arnaud : Je crois que c'est la rencontre qui a vraiment fonctionné. On avait déjà sélectionné les morceaux qui nous semblaient le plus pouvoir correspondre à l'univers de l'autre. On s'est très bien entendus, artistiquement comme sur la manière de faire les choses. Ça a rendu les choses très simples.

Certaines influences sont-elles remontées dans une espèce de "patrimoine commun" ?

Arnaud : On a peu parlé d'influence, on ne s'est pas fixé d'objectifs particuliers.

Béatrice : On n'a pas eu tellement le temps d'échanger sur ça, d'écouter de la musique ensemble. On a joué tout de suite. Après, c'est sûr qu'on se retrouve sur plein de choses.

Arnaud : On a aussi décidé de jouer le jeu. On s'est beaucoup écouté, c'est aussi ça qui nous a donné envie d'arriver à un mélange plutôt qu'à un split album. Un split, ça aurait été simple, évident, mais la collaboration nous permettait d'aller plus loin, de déplacer les musiciens de leurs instruments. Josselin, par exemple, est batteur dans Tara King Th mais il fait ici du clavier, d'habitude c'est mon rôle, je ne suis pourtant pas sur scène sur ce projet, je fais le son.

Beatrice : La production du son rend aussi ce disque très fluide.

Arnaud : Oui, on a vachement réfléchi aux morceaux. On en a éliminé pas mal. Il nous reste 3 ou 4 titres qu'on a pas mis sur le disque. Pas parce qu'ils n'étaient pas bons, au contraire, mais par rapport au tracklisting, à l'ambiance générale du disque.

Vous êtes tous signés sur le label americain Moon Glyph...

Fredrik : C'est un super label DIY, qui produit nos disques avec peu de moyens.

Tara King th était cité comme exemple pour expliquer à quel point il était dur de trouver un label viable en France dans la pop aventureuse. C'est aussi compliqué au Danemark?

Fredrik : Il y a une scène fantastique, beaucoup de groupes excellents qui font une excellente musique. En terme de médias et de choses comme ça, c'est moins simple. C'est très dur de se promouvoir auprès d'eux.

Je ne sais pas si un label comme Moon Glyph pourrait exister ailleurs. Je crois que si un mec, au Danemark, lançait des sorties de 50 cassettes, il n'y serait pas très respecté.

Il y a une différence à travailler avec une structure américaine ?

Fredrik : C'est dur de comparer.

Béatrice : Je crois qu'on a toujours un bon accueil là-bas en tant que groupe européen.

Christian (Halasan Bazar) : Je ne sais pas si un label comme Moon Glyph pourrait exister ailleurs. Je crois que si un mec, au Danemark, lançait des sorties de 50 cassettes, il n'y serait pas très respecté, à moins de faire de la synth dark wave noise ou d'autres trucs très underground. Steve (le boss de Moon Glyph) est comme ça : "j'aime la musique, j'aime la pop, je fais ce que je veux". Il est libre de décider ce qu'il veut faire. Au Danemark, ils sont très précautionneux : les labels signent souvent juste un ou deux groupes, et c'est très dur d'en faire partie. Tu dois leur prouver que tu es bankable.

Il n'y a pas de micro labels pour les projets "risqués" ?

Christian : Pas vraiment... Si tu leur présente ta musique, ils sont là : "ah ouais, c'est super cool...". Et tout de suite, ça parle d'argent, qui paie combien, combien ils peuvent gagner. Ils réfléchissent comme ça.

Halasan Bazar, vous ressortez aussi une cassette en vinyle sur le label français Requiem Pour Un Twister, vous travaillez aujourd'hui avec Tara King th, c'est la quatrième date à Paris... Comment est né ce lien entre vous et la France?

Fredrick : A l'origine, c'est le boss du blog Foggy Girls Club qui nous a trouvé et a écrit un papier. Les gens ont aimé. Il a organisé un concert à l'Espace B avec Hartzine. C'est assez simple pour nous en France, les gens nous comprennent, nous suivent.

La musique française est très perfectionniste, elle prend son temps sur les arrangements, il y une façon particulière de penser une chanson.

Il y a toute une scène psyché qui explose actuellement en France. Connaissez-vous un peu ces groupes ?

Fredrik : J'écoute plus des trucs vieux. Genre Serge Gainsbourg, François de Roubaix... Il y a une vraie façon de faire de la musique en France, très cérébrale, que j'adore par ce que c'est à l'opposé de notre façon de faire. On est très rapides, très intuitifs. On ne réfléchit pas trop. La musique française est très perfectionniste, elle prend son temps sur les arrangements, il y une façon particulière de penser une chanson. J'ai lu des articles sur la musique française des 60's et on peut déjà y voir l'aspect dérangeant, mais précis, maîtrisé.

Et vice versa, Tara King th, écoutez vous des groupes danois ?

Arnaud : On a écouté des trucs danois hier, ensemble. Pinkunoizu, par exemple, qui est un espèce de groupe de krautrock de salon, assez easy-listening.

Christian : Easy Listening ?

(rires)

Béatrice : Il y a toute une scène qu'on commence à connaître à travers eux et tous ces groupes qui tournent autour. Il y a pas mal de choses géniales, beaucoup de jazz. Plus que du rock, d'ailleurs.

Arnaud : Ce qui nous plaît justement, c'est aussi le côté très spontané, ce rapport anglo-saxon à la pop. C'est vrai qu'on a quelque chose de nettement plus attentif par rapport aux détails, particulièrement chez Tara King th. Je crois que c'est ce qui est intéressant dans "8": ce mélange de spontanéité et de méticulosité.

Derniers
articles
Actus musique

Les
pluslus

Lespluspartagés