Gone With The Weed : le label le plus cool de France !

Gone With The Weed : le label le plus cool de France !

By Charles Crost
15 Juin 2015

Frisbees, pistolets à eau et surtout cassettes au goût de sucreries punk, Gone With The Weed est certainement le label le plus cool de France. On en a recontré pour vous 2 de ses activistes fondateurs, histoire de voir de quel bois se chauffent ces artisans du bien vivre rock.

Dans quel but avez-vous monté Gone With The Weed ? Et surtout, pourquoi ce nom ?

Erika : C'était le nom un peu blague de mon blog. Il avait pour but de raconter et annoncer les concerts, parler des disques que j'aimais bien, dire où on pouvait les acheter. J'ai juste gardé le nom ensuite. Ce blog est mort aujourd'hui parce si tu mets bout à bout la défense de nos fêtes et de nos sorties, je n'ai pas le temps pour ça.

Emile : Temporellement, c'est 2% de l'histoire de Gone With The Weed. Ça a dû exister 3 mois.

Qu'est-ce qui a décidé votre activisme pour le rock souterrain mondial ?

Erika : On essaie de faire connaître des choses qu'on aime mais qui ne sont pas forcément mises en avant.

Emile : Pour ma part, c'est plus une évolution naturelle : je jouais dans un groupe à 15 ans. Quand on ne te fait pas jouer, ou que ce sont tes potes qui t'invitent, c'est toi qui va poser les flyers. Au final, tu te retrouves à booker un groupe que tu aimes bien parce que tu as envie de jouer avec eux. Mais comme tu as joué deux semaines avant, ce serait bête de refaire une date en si peu de temps. Alors tu invites un autre groupe de potes que tu aimes à te remplacer. Et tu deviens promoteur de soirée. Gone With The Weed était donc une structure pour le faire. Mais c'est aussi un terreau pour tous ces groupes d'amis et de gens avec qui, puisqu'on organise beaucoup de choses, on est en contact.

Vous entretenez ce même rapport avec des groupes étrangers?

Emile : Par exemple, ça va être la quatrième fois qu'on fait jouer Dead Ghost. On les connaît, on confronte nos points de vue sur ce qu'on écoute, il y a un échange. On peut se retrouver à sortir un truc qu'un groupe nous a présenté. C'est l'exemple de la cassette de Koko. C'est eux qui nous l'avaient fait découvrir.

Erika : En plus, personne ne lui avait jamais rien sorti alors qu'il avait 8 albums sur bandcamp dont tout le monde se foutait.

Emile : Gone With The Weed doit être un support pour les projets qu'on aime. D'ailleurs, on n'est pas mauvais joueurs là-dessus. Les groupes qui sortent chez nous peuvent librement aller faire des disques ailleurs ensuite. La notion d'exclusivité, outre le fait qu'elle soit datée, ne me semble pas très pertinente dans ce qu'on fait. Evidemment, je relaierais toujours ce qu'un groupe que j'affectionne peut sortir.

Erika : Le label fait le lien entre des choses différentes qu'on apprécie. Par exemple, on s'est récemment retrouvés à soutenir deux dates qui avaient lieu le même soir dans deux endroits à Paris pour Calypso et Skategang. Ce sont des groupes très différents et l'idée que l'un puisse pousser l'auditeur à découvrir l'autre me plaît vachement. On essaie de générer plus de visibilité pour ces groupes.

Les soirées, les sorties... Il y a une logique de rassemblement, de vitrine globale ?

Emile : Je pense que c'est nécessaire. Il y a actuellement une ambiance et une dynamique géniale, d'abord à Paris, mais aussi ailleurs dans le monde. On sait que si on fait jouer un groupe d'un autre label, il nous soutiendra autant qu'on l'aurait soutenu. Il y a un principe de réciprocité très agréable. A l'international, les relations qu'on a avec les tourneurs sont très saines. En quatre jours, je viens de voir quatre potes qui font du tour management. Je les croise 6 fois par ans, on s'échange des groupes, on a tous entre 20 et 25 ans, on est tous très heureux de faire ça aux quatre coins de l'Europe. Ce n'était pas arrivé depuis quelques années. On veut tous faire la fête dans nos villes et on veut permettre à des groupes de pouvoir jouer dans pleins d'endroits différents.

Erika : On veut aussi pouvoir faire venir des groupes qu'on a aimé sur disque et qui n'auraient peut être pas pu jouer à Paris sinon.

Sur le Village Label de la Villette Sonique, vous aviez un stand mémorable : Frisbees, Pistolets à eau, etc... Vous défendez un certain "mode de vie Gone With The Weed" ?

Erika : On aime bien les couleurs, les jouets à la con. J'ai envie de quelque chose de fun et coloré. Je ne me sens pas proche de toutes ces esthétiques ultra minimalistes, noir et blanc. C'est le truc de plein de labels et tant mieux, mais je ne me reconnais pas trop là-dedans. J'ai envie que ce soit rigolo. On avait énormément d'enfants sur le stand, c'était génial. Je préfère autant avoir des gamins que des collectionneurs.

Les cassettes rentrent-elles dans cette démarche ? Vous étiez parmi les pionniers à Paris en la matière.

Erika : J'ai 32 ans. Dans les 90's, je me faisais tout simplement des compiles cassettes pour prendre le bus et aller au lycée. C'est donc un support que j'ai toujours apprécié. Il y a aussi un intérêt financier : c'est beaucoup moins coûteux de sortir une cassette. Après, ça en rapporte beaucoup moins aussi. La marge sur une cassette est ridicule. Mais ça nous permet d'avoir un vrai support physique, avec son artwork etc...

Emile : La cassette, c'est aussi le support le plus réduit possible. Une cassette, c'est un pavé de plastique qui fait 5 par 7. Tu peux le mettre en vrac dans un sac en papier, le proposer dans un carton un peu plus grand, c'est quelque chose de très attrayant, qui laisse plein de possibilités esthétiques. C'est aussi la manière la plus simple de sortir des choses. Après, il y a des gens qui voient la cassette de la même manière que certains ne considèrent être à un concert que quand ils sont entourés de 2000 personnes, d'un dispositif de sécurité conséquent et de demis à 8€ et qui te diront qu'aller à la Cantine de Belleville ou à la Mécanique Ondulatoire, ce n'est pas vraiment aller voir un concert. A ce tarif là, on peut dire là même chose des cassettes.

Est-ce que ça a pu poser problème par rapport à la considération de vos sorties ? Dans la presse, notamment ?

Erika : Tu as beaucoup moins de portée dans la presse avec une cassette qu'avec un LP. Il n'y a visiblement pas le même intérêt pour les morceaux selon le support. Mais c'est quelque chose qui change un peu ces derniers temps.

Emile : Quand on fait du vinyle, hors de France, ça aide. Il y a des pays qui sont plus conscient des choses du vinyle. Dans le garage, le rock, ils ne sentent pas de retour du vinyle. En Allemagne, ils ont toujours commandé 20 ou 50 copies payées cash pour leur distribution, alors qu'ils n'ont qu'un shop à Aix-La-Chappelle, ville de 300 000 habitants. Ils te paient les frais de port et te disent merci. Ils ne sont pas là à dire "je vais pendre 3 disques en dépôt pour essayer": ils sont conscient de l'investissement, de l'engagement que tu prends par rapport à la musique que tu sors.

Ce n'est pas le cas pour la cassette...

Emile : Ce qui peut être cool avec la cassette, c'est que ça attire la curiosité par le format, notamment au niveau des acteurs culturels. Un journaliste qui te contacte parce que ça l'intrigue, c'est déjà concrètement un mec qui ne pourra pas faire un mauvais papier : l'intérêt vient de lui, pas d'un mail promo avec lien mediafire.

Avec le crowdfunding, des artistes savent déjà que tout ce qu'ils vendent n'est que du bénéfice. Ça paraît absurde.

La cassette n'est-elle pas aussi une réaction à l'augmentation des coûts de fabrication, aux disques vendus très chers par les grosses structures ?

Erika : Tu peux faire les choses beaucoup plus librement, c'est sûr. Ça ne te demande pas de te creuser la tête pour chercher à trouver les fonds. Faut faire les choses au moment où on a le coup de coeur.

Emile : C'est un mode de sortie très rapide. Je reçois une Face A et une Face B qui sont mixées, masterisées par le groupe, on découpe les pochettes nous-même, l'artiste nous dit combien de cassettes il veut qu'on sorte et delà en découle la part qui lui revient. On passe la commande et deux semaines plus tard, un postier vient nous livrer les cassettes. Je vais chez l'imprimeur, je monte le produit fini et je peux commencer à les vendre. C'est aussi simple que ça. Il n'y pas le côté agaçant inhérent au retour des risques financiers d'un pressage vinyle.

Qu'est-ce que tu veux dire ?

Emile : Tu vois des groupes ne font même plus des précommandes mais du crowdfunding et couvrent le montant global du coût de pressage avant même d'avoir sorti le disque. Ils savent déjà que tout ce qu'ils vendent après n'est que du bénéfice. Ça paraît absurde, par exemple.

Gone With The Weed : le label le plus cool de France !

Les nouveaux T-Shirt Gone With The Weed

Il y a quelque chose qui semble très simple dans la façon de travailler chez Gone With The Weed ce qui n'est pas forcément le cas de toutes les structures...

Erika : Oui, je pense à un truc. Il y a des salles de concerts qui, appâtées par l'espèce de mode du garage, se disent qu'ils vont faire ça dans leur lieu. Sauf que chez eux, la petite bouteille de bière est à 10 balles. Ça ne m'intéresse pas, c'est une erreur. Croire que tu vas pouvoir prendre un truc, le déplacer dans un endroit via des organisateurs qui n'ont aucun lien avec. Il faut qu'il y ait une cohérence. Des gens qui paient leur place de concert à 8 balles ne viendront pas si elle est à 15. Penser ça, c'est se fourvoyer. On va faire jouer Destruction Unit, ils sont déjà venus à Paris. Je peux compter sur une main mes potes qui y sont allés. En revanche, je sais que plein de potes auraient voulu les voir ! Mais quand le ticket et le verre sont chers, ça ne colle pas avec ces groupes là. Cette musique n'est pas un effet de mode qu'on pourrait transposer dans n'importe quelle condition.

Emile : Des groupes américains qui peuvent nous sembler hors de portée en France jouent dans des clubs. Ici, des types se disent : "Ah j'adore ce groupe, je vais les faire dans une super salle !". Mais le mieux est l'ennemi du bien : ce sont des groupes qui sont habitués à ne pas avoir un get-in à 15h, ils n'ont pas l'habitude d'avoir des tickets boissons mais un mec qui leur choppe deux palettes de bières, ils veulent de jouer aussi longtemps qu'ils veulent au volume qu'ils veulent. S'ils souhaitent inviter 10 personnes, ce n'est pas la liste de presse que leur tourneur leur impose. Il n'y a pas de raison que ça change parce qu'ils viennent s'amuser en Europe. Le tour européen est souvent le moment où ce qui fait d'un groupe qu'il est frais au Etats-Unis disparaît parce que les gens les prennent pour plus que ce qu'ils sont. C'est aussi pour ça qu'on essaie d'avoir les groupes sur leurs premières tournées européennes. Au pire ce sera nul. Mais ça ne m'est arrivé que très rarement. Et encore une fois, est-ce que tu préfères une déception à 8€, avec une bière à 3€ et sans tampon "toute sortie est définitive", ou est-ce que tu la préfères à 20€ avec une 1ère partie que tu n'aimes pas et un volume sonore désuet ? Ça paraît normal de présenter ces groupes dans des conditions qu'ils maîtrisent. Où les codes sont les mêmes que les leurs. Ils y sont comme chez eux.

Est-ce que vous ressentez une coexistence entre deux mondes un peu parallèles dans la musique ?

Emile : Aujourd'hui, les frontières sont de plus en plus poreuses. Je suis aller voir récemment Together Pangea, qui étaient sur Burger Records et qui sont passés sur Harvest, une filiale d'EMI. Ils ont fait un album dont on aurait dit qu'il avait très bien fonctionné à échelle indépendante. Mais aujourd'hui, ils se retrouvent à devoir rembourser 25 000€, l'avance du label. Heureusement, parce qu'ils sont sympa, ils seront repêchés par un label de potes, mais c'est compliqué pour eux.

Erika : C'est un peu la même chose que ce que j'avançais pour les salles. Les choses parachutées ne marchent pas.

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