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Folamour :

Folamour : "Un morceau pour BTS, c'est un des trucs que je rêve de faire"

By Brice Reiter
15 Juil 2021

Alors qu'il a sorti son troisième album début juin, Folamour reprend doucement la route des festivals pour donner un brin de soleil en plus à notre été. Son retour sur scène et son nouveau projet The Journey étaient la parfaite occasion pour discuter avec l'artiste et producteur français qui illumine le dancefloor. L'interview - Rencontre Villa Schweppes du mois de juillet.

Le 11 juin dernier, tu sortais ton troisième album The Journey. Peux-tu nous en dire plus sur le choix du nom ?

Folamour : Chacun de mes albums se base sur un concept que j'ai en tête, sur une histoire ou un récit que j'ai envie de raconter. L'histoire que j'ai voulu raconter sur cet album résume les trois dernières années de ma vie, depuis que j'ai commencé à tourner, jusqu'au moment où les tournées ont totalement intégré ma vie. J'ai aussi vécu à Londres, je suis revenu en France ensuite. Il y avait quelque chose d'évident dans ce récit, une notion de rite initiatique, l'idée de partir de quelque part pour arriver autre part. Il y a plein de choses qui renvoient à cette thématique du voyage. Le nom est venu comme une évidence.

Tu as commencé à penser à cet album il y a trois ans, c'est-à-dire directement après le deuxième.

Oui, juste après Ordinary Drugs. J'ai tout de suite enchaîné, j'aime bien toujours avoir un projet en cours. Ordinary Drugs était plus basé sur les petites choses qui donnent sens à la vie. J'avais envie de parler de quelque chose de différent, il y avait plein de choses qui se passaient dans ma vie. Du coup, j'ai commencé à écrire ce troisième album.

Quelles sont les choses qui ont marqué et influencé ce nouvel album ?

Partir de France pour aller en Angleterre, déjà. Cela a eu un véritable impact sur l'album. Je ne me sentais pas bien là-bas, j'étais pas très heureux et puis je travaillais tout le temps, j'étais en tournée permanente. J'ai fait 140 dates en 2019, donc ça a eu un impact vraiment fort sur moi. Ensuite, je dirais les tournées en général, le fait d'être tout le temps dans les aéroports, d'être sur scène, ça a eu une influence sur la thématique de l'album et sinon je dirais... mon adolescence aussi . Je l'ai passée à vadrouiller pour plein de raisons. Il y a beaucoup de ces moments-là qui ont été retranscrits en chanson, qui relatent des moments que j'ai vécus.

Folamour :

Folamour - Rencontre musicale Villa Schweppes

Combien de temps es-tu resté à Londres ?

Un an et demi... juste assez de temps pour me rendre compte que c'était pas pour moi.

Pourtant, en regardant tes différents albums, surtout le deuxième et troisième, on retrouve beaucoup d'artistes de la scène anglaise, comme Tertia May ou SG Lewis. Qu'est ce que tu aimes dans la scène anglaise ?

J'aime beaucoup leurs racines soul. Il y a un vrai truc en Angleterre sur la néo soul et la soul, notamment chez les chanteuses que j'aime beaucoup. Par exemple, Tertia a une voix incroyable, c'était une évidence de travailler avec elle. Il y a aussi une autre chanteuse avec qui j'ai travaillé, Liv East. Il y a chez elles une touche de R&B, de rock, de purement soul qui me touche. Et puis, j'ai aussi rencontré cette scène anglaise. Comme je vivais là-bas, j'ai rencontré naturellement du monde. Après, oui, il n'y a pas de feat. avec un français comme je voulais moi-même faire ce titre.

Tu disais que The Journey faisait aussi écho à tes tournées. Est-ce que tu as vécu des rencontres particulières durant ces moments-là ?

Pendant mes voyages, mes plus belles rencontres étaient avec des promoteurs avec qui j'ai tissé des liens forts. Je pense notamment à mon pote Akane, un promoteur à Berlin, qui est devenu un frérot, quelqu'un que j'apprécie beaucoup. Je pense aussi à mon pote Jitwam avec qui j'ai fait un featuring avant l'album. C'est un artiste qui vivait à New-York et que j'ai rencontré par hasard. Aujourd'hui, on s'appelle tout le temps car on adore se parler. Dans un sens plus large, je dirais aussi que Zéké était une belle rencontre, le chanteur de The Journey. Avec lui, il y avait un vrai truc par rapport au voyage, par rapport à nos racines liées à l'immigration, la famille. On s'est pas mal retrouvés là-dessus. C'était une magnifique rencontre. Pouvoir travailler avec un chanteur Zimbabwéen de 65 ans et faire un morceau où on se connecte aussi bien, où on comprend tous les deux de quoi on va parler, c'était quelque chose de totalement inattendu. Ça restera un très beau souvenir.

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Les collaborations avec Zéké ou les autres, tu as dû les vivre pendant la période de confinement.

Juste avant en fait. On a eu vraiment de la chance car ça s'est joué à très peu de choses. Toutes les collaborations de l'album ont été enregistrées en février. Donc, juste avant. Je venais de quitter Londres, j'y revenais pour certaines dates et j'avais un show début février. J'avais décidé d'y rester une semaine pour essayer de finir d'enregistrer tout ce qui était prévu.

Tu penses que ça aurait été compliqué autrement ?

Oui, et d'ailleurs depuis ces collaborations-là, j'ai fait que des morceaux solos car j'aime bien être avec les gens. C'est quand même plus sympathique, plus agréable, plus naturel, il y a une sorte de symbiose quand tu te retrouves avec quelqu'un à un même endroit à discuter, échanger et parler de musique même. C'est un truc que j'ai envie de garder. Toutes ces collaborations ont commencé en parlant des heures de musique. Donc oui c'est compliqué. Il y a des gens pour qui ça peut marcher mais pas pour moi, j'aime trop le fait d'être ensemble.

Est-ce que tu as une anecdote à partager qui s'est passée durant la production de cet album ?

Il y en a des milliers mais il y en a surtout deux qui me viennent. La première anecdote, c'est que l'album était fini avant le premier confinement. Puis, je me suis rendu compte qu'il n'était pas fini. Je suis vraiment entré dans le premier confinement en me disant que l'album était 100% fini et puis j'en ai retravaillé facilement un tiers. Il y a des morceaux qui ont disparu, d'autres qui ont été ajoutés. Tous les morceaux sur lesquels je chante ont été ajoutés après. Dans la première monture de l'album, il n'y en avait aucun sur lequel je chante.

La deuxième anecdote concerne le feat avec SG Lewis, l'un des singles de l'album. En fait, il ne devait pas se faire ; ce n'était pas du tout prévu. C'était quand j'étais à Londres en février, j'avais une session studio avec un autre artiste la même semaine. J'avais une journée en studio avec cet artiste qui a annulé à la dernière minute pour des raisons de management un peu pourri. J'ai eu la news la veille au soir, donc j'ai écrit à SG avec qui j'avais joué avant. Je lui ai dit : "Viens en studio, on va bosser ensemble demain à 8h du mat". Il m'a dit ok et on a fait le morceau.

Produire un morceau pour BTS, c'est un des trucs que je rêve de faire. C'est limite dans les cases que j'aimerais cocher en termes de composition de musique

Dans un article, tu disais que tu avais revu ta façon de composer. Qu'est-ce que tu voulais dire ?

Dans The Journey, j'ai enregistré des instruments, des cordes, des drums, c'est plus organique. Il y a vraiment peu de samples. Je chante dessus aussi, j'ai écrit les chansons. Je me dirige vers ce nouveau processus de travail. Alors qu'il y a 3 ou 4 ans, j'écoutais des vinyles, je coupais des petits bouts pour les twister et les passer dans des machines. Aujourd'hui, j'arrive de plus en plus aux sons que j'ai vraiment envie de faire. Ça prendra sans doute encore un peu de temps. J'apprends, je m'améliore.

Cet album, tu le sors sur ton label FHUO. N'est-ce pas une double responsabilité que tu t'infliges ?

Je dirais que oui et non. Mes albums, je les réfléchis à fond donc de toutes manières, ça implique beaucoup trop de choses. Je dois penser à tout, comme si je le faisais avec d'autres labels. Avec FHUO, je ne travaille pas tout seul, je bosse avec Columbia, donc il y a une équipe qui nous aide sur plein de choses. Dans le fond, j'aime tellement travailler chaque détail de mes albums que ça serait la même chose si je le sortais ailleurs. Voire, ça serait plus difficile car je serais tout le temps en train de discuter avec les gens. Là, tout se passe en interne, donc les idées se font instantanément.

Pourquoi tu as voulu avoir ton propre label ?

Au départ, ce n'était pas prévu que je sorte mes trucs dessus. Je l'ai commencé car je rencontrais trop d'artistes dans la même situation que moi au début de ma carrière. Il y a des moments où ta musique ne colle à aucun mouvement en termes de label. Par exemple, ma musique ne colle pas vraiment avec des mouvements spécifiques : pas assez club pour les labels club, pas assez expérimental pour les labels expérimental, pas assez jazz... Du coup, à mes débuts, je galérais à trouver des labels pour signer mes musiques, des musiques qui ont très bien fonctionné après. Ces labels m'ont recontacté plus tard en me disant "ah c'est dommage"... oui effectivement c'est très dommage. J'ai rencontré plein d'artistes qui étaient trop forts, qui avaient le même problème. Je me suis dit que je pourrais être la personne qui les aide, parce que je sais comment on fait, comment on presse les disques, comment on en fait la promo, donc pourquoi pas faire ce label.

Folamour :

Folamour - Bientôt en live avec The Power to the People

Après ton album, tu vas sortir d'autres artistes ?

Ouais ! Il y a deux mois on avait sorti un EP de Parviz qui avait déjà sorti quelque chose chez moi : à mi chemin entre jazz, house et plein de choses. Il y a deux autres EPs qui arrivent, en octobre et sûrement en janvier. Le label, c'est vraiment quelque chose que je fais en mode détente, dès que j'ai de la bonne musique, je la sors, sinon je ne cherche pas. Par exemple, la sortie que l'on a fait il y a un mois et demi, c'était la première sortie depuis deux ans. Il n'y a pas d'urgence : quand j'ai de la bonne musique, je la sors. Et si je n'en ai pas, je n'en sortirais pas. Le label n'a pas pour vocation de rapporter de l'argent ou quoique ce soit. C'est juste pour le kiff de sortir des potes.

En parlant de sorties et de productions, j'ai vu que tu écoutais BTS pour t'endormir. Ça te plairait de produire pour un groupe de k-pop ?

J'adorerais ça ! Produire un morceau pour BTS, c'est un des trucs que je rêve de faire. C'est limite dans les cases que j'aimerais cocher en termes de composition de musique. Ça me ferait tellement kiffer. Ou même BLACKPINK. Je pense qu'il y aurait des trucs mortels à faire. On verra, je croise les doigts, qui sait (rires).

Et côté artistes francophones, c'est quoi qui te fait vibrer ?

Il y a d'abord Nassim, un artiste toulousain, qui fait du R&B. Ça a été ma grosse claque de ces derniers mois. C'est du pur R&B à l'ancienne. C'est mortel ! Sinon après, c'est surtout du rap. J'ai adoré l'album de Kekra, Damso. C'est du rap, mais ils ont un aspect pop dans la façon de le faire.

Par contre, à l'international, l'album que j'ai le plus écouté pendant le confinement, c'est l'album de The Free Nationals, celui qui est sorti en 2019. Ils ont un titre, Eternal Lights, c'est sans doute un des meilleurs morceaux de ces 5 dernières années. C'est une tuerie.

Quand j'ai joué ABBA, il y avait plein de mecs qui pensaient que c'était honteux

Pour revenir à ton actu, tu as aussi une tournée qui approche.

C'est un peu compliqué, parce que j'ai des dates qui vont sûrement arriver là, après c'est très dur de parler de tournée actuellement car on a aucune idée de ce qui va se passer.

Pourquoi as-tu choisi ce nom là ?

Ça a toujours été une de mes thématiques. Au départ, ça vient du fait que les gens qui pensent faire de la bonne musique et qui en font d'ailleurs sont souvent des gens qui intellectualisent beaucoup tout ce qu'ils font et ça dresse des murs entre les gens. Aujourd'hui, ça se fait de moins en moins, car ça devient cool d'aimer la pop, mais pendant très longtemps c'était honteux. Comme c'était honteux d'aimer de la funk, d'aimer de la disco. Quand j'ai joué ABBA, il y avait plein de mecs qui pensaient que c'était honteux. Il y a encore beaucoup de gens qui sont très cons par rapport à ça, du coup c'est ça mon message, c'est qu'il ne faut pas prendre les gens pour des cons, si tu leur fais de la bonne musique, ils vont kiffer la bonne musique. Il faut arrêter de dresser des murs entre les individus, il n'y a pas de gens qui aiment de la bonne musique et des gens qui n'aiment pas la bonne musique. Il y a juste plein de musiques et après, tu aimes ce que tu veux. Moi, mon process, ça a toujours été d'amener la meilleure musique que je peux aux gens, essayer d'inclure des trucs cools, faire de beaux projets où tout le monde se sent inclus. Et puis, il y a toujours eu un côté social, j'ai toujours partagé mes idées sur les choses auxquelles je pense, sur des choses qui se sont passées, en France ou ailleurs. Et du coup, il y avait tout cela que j'ai essayé de résumer. Je trouvais que le message passait bien.

Jouer sur scène, n'est-ce pas aussi une sorte d'énergie qu'on transmet aux gens ?

Clairement. Les gens ont toujours été pour moi mon plus grand moteur. Quand tu es crevé, en tournée et même pour créer de la musique, il te faut de l'énergie. En vrai, c'est toujours les gens qui me l'ont donnée. Il y a aussi tout un truc de communauté, de revendication, d'être tous ensemble dans un club, il y a un message derrière cela. Rien que le fait de faire cela et encore plus dans le futur – surtout après tout ce qui s'est passé, de se retrouver ensemble dans une salle, et de danser, de chanter, ça va avoir un vrai sens politique. Il va y avoir un vrai truc autour du fait de se retrouver, de ne pas laisser tomber cette culture qui est la nôtre.

Folamour :

Folamour

Tu n'es pas trop inquiet pour l'avenir de la musique en club ?

Non. En vrai, il y a beaucoup trop de gens qui aiment ça pour que ça disparaisse. C'est possible que ça évolue, je ne m'en rends pas trop compte. Dans le fond, je pense qu'on va revenir à ce qu'on avait avant, ça a trop d'importance. Les gens ont trop besoin de ça. Je ne suis pas tellement inquiet.

On va peut-être vivre un Summer of Love en 2022.

Ouai, peut-être (rires). En tout cas, je pense qu'il va y avoir un vrai truc quand on va pouvoir revenir en club, un truc de fin de prohibition. Là, les gens emmagasinent de l'énergie de fou depuis tellement longtemps, ça va être incroyable.

Et toi, depuis tout ce temps sans jouer, y a-t-il une destination que tu as envie de retrouver ?

Il y a vraiment une ville où je veux aller, c'est Cape Town, en Afrique du Sud. J'ai vraiment, vraiment, vraiment envie d'aller là bas. C'était dans les plans pour 2020. Finalement, ça ne s'est pas fait à cause du COVID. S'il y a une ville, c'est là bas. Je reçois un tas de messages de gens qui vivent dans cette ville. J'ai jamais eu l'occasion de le faire pour le moment. J'espère que quand tout sera rentré dans l'ordre, je pourrais y aller. Sinon, j'ai très envie de retourner à Londres, car j'ai beaucoup d'amis là-bas et il y a toujours un truc spécial quand j'y joue. C'est particulier.

J'ai vu que tu jouais à Calvi cet été. Quel souvenir as-tu de ce festival ?

Je me rappelle d'un truc marrant. En fait, le rendez-vous pour les artistes quand on joue sur des événements de Calvi – et là, c'était un événement en off –, je me souviens que c'était : se retrouver sur le port. Je n'avais pas plus d'infos. Donc je me retrouve sur le port et je me dis : "Merde je n'ai aucune idée où c'est". Le port est assez grand à Calvi. Ensuite, je vois qu'il y a une file de gens qui attendent sûrement pour un bateau alors je me dis que c'est là. Je vais attendre là-bas. Tout à coup, il y a un mec qui arrive et qui me tape sur l'épaule. Je reconnais ce gars, je ne sais pas d'où, mais je le reconnais. Il me dit qu'il s'appelle Léopold, qu'il doit faire mon interview dans le bateau, je ne sais pas quoi. Du coup, on part et c'est aujourd'hui quelqu'un avec qui je discute beaucoup. C'était en fait un youtubeur, un youtubeur que j'avais déjà vu et qui faisait mon interview et sans lui, j'aurais été paumé pendant des plombes. Ce jour-là, on a été dans une crique, un endroit un peu caché, à couper le souffle. Je me rappelle me dire que c'est sans aucun doute l'un des plus beaux endroits où j'ai eu l'occasion de jouer. Et c'est souvent le cas quand tu joues en Corse.

Une dernière question : est-ce que tu vas encore jouer ABBA cet été ?

(Rires) Euh... non ! En vrai, je ne peux pas dire non à 100%. Il y a bien un gig où je vais le jouer, sans doute un gig sur 10. C'est ma stat' actuellement. En tout cas, une chose est sûre, si quelqu'un me le demande, je le joue pas. C'est la règle et c'est très bien comme ça !

Folamour - L'album The Journey
Sortie le 11 juin 2021

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