Entreprise : "Ce qui marche, ce sont les choses folles et nouvelles"

By Marine Normand
27 Jan 2014

Entreprise : @DR

Entreprise : "Ce qui marche, ce sont les choses folles et nouvelles"

Benoit et Michel, fondateurs du label Entreprise

Entreprise : @DR

Entreprise : "Ce qui marche, ce sont les choses folles et nouvelles"

Blind Digital Citizen, signature d'Entreprise

Entreprise : @DR, Sandra Matamoros

Entreprise : "Ce qui marche, ce sont les choses folles et nouvelles"

Juniore, signature d'Entreprise

Entreprise : @DR, P. Lebruman

Entreprise : "Ce qui marche, ce sont les choses folles et nouvelles"

Lafayette

Entreprise : @DR, Jerôme Walter Guguen

Entreprise : "Ce qui marche, ce sont les choses folles et nouvelles"

Moodoid, signature d'Entreprise

Entreprise : @DR, Nicolas Lebon

Entreprise : "Ce qui marche, ce sont les choses folles et nouvelles"

Superets

Label de Moodoid ou de Blind Digital Citizen, Entreprise signe des artistes français chantant en français. Un positionnement étrange, et étonnamment pertinent en ces temps de "nouvelle French Touch"...

La Villa Schweppes : Comment est né le label Entreprise ?

Michel Nassif : Cela faisait un peu plus de dix ans qu'on s'occupait avec mon associé, Benoit Trégouët, d'un autre label, Third Side Records, qui accueillait des artistes principalement anglophones. Vers 2010 on subissait encore beaucoup la crise, et on avait envie d'autre chose, de retrouver de l'excitation. On a signé La Femme pour leur premier disque, et de là est venue l'envie de signer des groupes qui chantaient en français. On voulait sortir des formats courts, des singles, des 45T, des maxis, plutôt que de réfléchir en terme d'album pour lancer un groupe. Du coup on est passé d'un label d'albums chantés en anglais à un label d'EPs chantés en français, un peu tout l'inverse de ce qu'on voyait autour de nous.

Third Side existe toujours pourtant ?

Oui, le label existe toujours. On n'a néanmoins pas de nouvelles signatures: tous nos nouveaux artistes signent sur Entreprise.

Comment avez-vous vu débarquer cette nouvelle vague de pop française ?

Il y eu de nombreuses discussions avec notamment les groupes français de notre label Third Side qui chantaient en anglais. On sentait que ça plafonnait un peu artistiquement, pas forcément pour une question de langue, mais qu'on était toujours un peu à la traine comparé aux anglo-saxons, voire même aux scandinaves, en terme de vente et de succès. La Femme ont été les premiers à formaliser cette nouvelle scène, et à rencontrer le succès que nous n'avions pas obtenu avec nos artistes anglophones. Ça nous a fait beaucoup réfléchir : finalement, ce qu'on peut faire de plus beau et de mieux est en français. Chanter en anglais, c'est un peu comme vouloir jouer de la guitare de la main gauche alors que t'es droitier juste parce que tu kiffes Jimmy Hendrix : ça n'a pas de sens. Aujourd'hui, je crois les gens ont envie d'autre chose.

Le rock en Français a pourtant toujours marché : Noir Desir, Saez, Eiffel...

C'est vrai, mais il y avait pour moi plus un côté " rock français classique ", c'était moins métissé, moins surprenant que les groupes qui émergent de la nouvelle scène. Ils ont la vingtaine, ils ont ce truc de jeunesse un peu fou, une énergie, pas une juste redite, un vrai truc excitant qu'on retrouve un peu dans nos nouvelles signatures comme Blind Digital Citizen ou Moodoïd.

Quel est le cahier des charges pour signer sur Entreprise ?

Il n'y en a pas vraiment : on a signé pour le moment six artistes et ils sont tous très différents. La seule condition, c'est qu'il faut que cela nous plaise, et que cela nous fasse vibrer et pleurer. Et en ce moment, ce qui nous fait pleurer et vibrer, ce sont les musiques en français !

Les groupes qui chantent en Français s'exportent-ils mieux ?

Tous les groupes ne plaisent pas de la même manière aux étrangers. Mais quand on arrive avec quelque chose de très original comme La Femme à l'époque ou Moodoïd aujourd'hui, ou encore Juniore, on a de super retours, chose qu'on n'arrivait pas forcément à avoir avec des groupes chantant en anglais. Les anglo-saxons les perçoivent comme un truc frais, nouveau, exotique, et c'est ce que devrait être finalement la pop aujourd'hui.

Est ce fou de monter un label en 2012 ?

C'est compliqué, et en même temps c'est super excitant. De mon point de vue, la musique n'a jamais été plus intéressante que maintenant. Ça fait plus de dix ans que je fais ça, un label c'est à la fois un non-sens économique mais aussi artistiquement quelque chose de très passionnant. C'est pour cela qu'on avait envie de redémarrer une nouvelle aventure. On sort de dix ans de bricolage, et on a envie de se réinventer. Il y a des choses à faire pour les labels, mais aussi pour l'industrie musicale. Ça fait longtemps qu'on réfléchit sur notre métier de producteur par rapport aux nouveaux usages du digital, du public, des artistes, aux différentes manières de partager la musique et de gagner de l'argent. Et on est arrivé avec des réponses qui nous correspondent et qui semblent faire sens.

Si le succès de la Femme n'avait pas été là, pensez-vous que vous auriez été déçu ?

Il y a toujours un groupe qui arrive un peu plus tôt, un peu plus vite, avec des chansons mieux écrites et un univers qui parle aux gens. Il y a une part de hasard, une part de chance, et une part de talent, évidemment. La conclusion de quelque chose comme ça, c'est Fauve qui arrive à vendre presque 100 000 EP sans maison de disques. Parce qu'il y a un vrai public, qui répond de manière massive à de jeunes groupes qui apportent des choses nouvelles. Le côté " tout a déjà été fait " n'a pas de sens. Personne n'invente le fil à couper le beurre, mais si tu arrives avec ton originalité, ta touche, c'est ça qui plait et qui va faire la différence.

Vous recevez beaucoup de maquettes ?

Quelques unes oui, mais c'est qu'en 10 ans, je n'ai jamais signé un artiste via une maquette envoyée de manière un peu aléatoire. Pourquoi pas mais il y a rarement de hasard et préfère tomber nous-mêmes sur les groupes, via internet ou un concert, ou même nos réseaux proches. Il n'y a pas de règles, mais a priori, quand tu es musicien et que tu envoies une maquette à 50 ou 100 labels, ce n'est pas forcément comme cela qu'il faut procéder. Il faut arriver avec un univers un peu réfléchi, s'être déjà posé comme producteur à son échelle. C'est plus pertinent et intéressant car il y a un vrai dialogue avec ce travail en amont.

Pensez-vous qu'on est à la genèse d'une nouvelle époque musicale ?

Carrément! C'est tellement morose depuis 10 ans, et pas que dans la musique, mais en quelque sorte, on était on un peu à l'avant-garde de changements violents qui ont commencé en 2001, quand on a monté Third Side d'ailleurs ! Quelques années plus tard c'est devenu une crise mondiale. Ce qui est bien avec la musique, c'est que l'orage est passé, on s'est déjà posé des questions et on a trouvé de nouvelles manières de faire notre travail de producteur. Le meilleur est à venir. Il y a un nouveau mélange, une culture métissée, liées aux nouvelles technologies et aux échanges qu'elles permettent.

Vous voyez vous garder seulement la casquette de gérant de label ? Les maisons de disques commencent à faire plusieurs choses....

Si tu penses que tu peux faire tourner ta boite en produisant des disques, c'est une erreur. 99 fois sur 100, tu vas te casser la figure. Les gens dépensent aujourd'hui leur argent ailleurs : dans les fournisseurs d'accès à internet, chez les vendeurs de bières... Il faut trouver le moyen de rayonner avec d'autres activités. On a différents métiers autour du label. Mais l'énergie et le point central, c'est la création artistique. Et c'est notre vitrine pour aller chercher des choses plus rémunératrices.

Pensez vous qu'avec internet, vous avez encore un rôle de dénicheur ?

On a un rôle de dénicheur, mais on a peut être implication un peu plus tardive dans l'évolution d'un artiste. Il faut qu'il arrive avec un univers, un truc déjà fort. On veut revenir à la définition de base du métier de producteur, qui était d'aider artistiquement. C'est pour cela qu'on a un studio, qu'on passe beaucoup de temps à parler avec les musiciens. On veut pousser les artistes dans leurs retranchements, et qu'ils donnent le meilleur et le plus original d'eux mêmes. Contrairement à ce que les gens peuvent dire ou penser, les producteurs ne sont pas là pour formater la musique et s'arranger pour qu'elle passe à la radio. Ce qui marche et ce qui plait, ce sont des choses folles, originales et nouvelles. Et c'est vers cela qu'on veut tendre. Le rôle de producteur a encore un sens, mais il faut le faire de manière moderne.

Quels sont vos projets pour 2014 ?

On va probablement sortir les premiers albums sur le label Entreprise. Après 2 ans de développement, c'est le moment pour nos artistes d'enregistrer un album, et il y a un public qui attend aussi un format un peu plus long. On a aussi deux trois signatures en tête. " Le meilleur est à venir, l'avenir est ici! " pour reprendre un titre des Blind Digital Citizen...

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