Cerrone : le "Pape Disco" fait de la résistance

By Yann Guillou
26 Fév 2015

Cerrone : le @Stéphanie Chermont

Cerrone : le "Pape Disco" fait de la résistance

Cerrone chez lui, à Paris.

Cerrone : le @Stéphanie Chermont

Cerrone : le "Pape Disco" fait de la résistance

Cerrone chez lui, à Paris.

Cerrone : le @Stéphanie Chermont

Cerrone : le "Pape Disco" fait de la résistance

Cerrone chez lui, à Paris.

Cerrone : le @Stéphanie Chermont

Cerrone : le "Pape Disco" fait de la résistance

Cerrone chez lui, à Paris.

Cerrone : le @Stéphanie Chermont

Cerrone : le "Pape Disco" fait de la résistance

Cerrone chez lui, à Paris.

Back to basics, le pape du disco refait parler de lui. Cerrone nous accueille chez lui, entre deux sessions d'enregistrements pour son futur album. Bienvenue dans l'antre du "Bûcheron".

Ça ne fait plus aucun doute : si le Yoyo consacre une soirée entière au Cerrone's Paradise avec le pape du disco himself, c'est que les 70's sont bel et bien d'actualité en 2015. La musique est une éternelle boucle d'influences, un terreau toujours riche en inspirations qui remet sous le feu des projecteurs des styles et des innovations venus nourrir la création. Les 70's n'échappent évidemment pas à la règle, avec leurs rondeurs sonores et l'exigence des productions.

Et qui mieux placé pour en parler que la figure de proue d'une disco mondiale, le prodige français que sa terre natale a laissé filer en Californie ? A l'heure d'un come-back attendu, Cerrone reprend son trône, s'installe derrière les consoles et revient sur une époque bénie des dieux de la musique.

2015, rythmes funk et chaleur disco

Tout le laissait présager avec le retour tant médiatisé des Daft Punk, et surtout leurs collaborations avec Nile Rodgers et Giorgio Moroder. Le premier, avec ses cocottes funk et son jeu inimitable ; le second avec la froideur des synthés bass et la rythmique quasi martiale des premières machines électro.

Sans compromis, Marc Cerrone s'était fait une place de choix sur le podium de ces légendes de la musique. Complémentaires aux style cités, ses productions ont teinté l'époque d'une chaleur langoureuse et enivrante, l'essence même de la musique disco et de la transe érotique qui en résulte. Sa marque de fabrique, des rythmes envoûtants ; son instrument de prédilection, la batterie, grosse caisse en avant : "cette façon de jouer m'a valu mon surnom du " Bûcheron "". Implacable donc, exploitant une énergie étirée sur des morceaux longs (voire très longs, plus de 16 minutes), à l'encontre des formats radio en place.


Première étape du retour de Cerrone : la réédition par Because d'une majeure partie de ses créations et productions. Le succès est encore au rendez-vous, 40 ans après la sortie de "Love in C Minor". La question est posée : envie artistique ou business plan ?

L'idée n'est pas de moi pour être entièrement honnête : si j'étais resté indépendant, je n'aurais jamais osé ressortir mes albums. Ce qui m'a ravi, c'est l'enthousiasme des médias et le retour du public, même à l'international. C'est un cadeau, j'étais loin d'imaginer ça.

Si Cerrone a toujours continué à tourner et émailler les 90's et 00's de collaborations plus ou moins discrètes, l'année 2015 s'annonce riche en inspirations 70's. "Je suis en train de produire mon nouvel album, cet enthousiasme sur des sonorités que je trouvais dépassées m'a réinspiré. Encore une fois, je n'aurais pas osé le faire". De là à suivre le même chemin que ses confrères de l'époque, à l'image d'un Moroder prêt à sortir un nouvel album, 74 is the new 24 ? La comparaison le chiffonne, lui fait zapper la réponse avant de nous expliquer plus en détail : "Vous savez, on se connait tous. Je suis de près ce que fait Giorgio... Et je peux le dire : ça ne m'intéresse plus". Un peu dur pour un tel précurseur, non ? Il se reprend :

Avec Giorgio, on reste dans l'électro traditionnelle. En même temps, on ne s'attendait pas à ce qu'il soit novateur, il l'a été pendant tellement d'années...

La France au top

En regardant de plus près un Moroder – comparaison heureuse ou pas – qui multiplie les futures collaborations (Kylie Minogue, Sia, Lady Gaga...), on s'interroge forcément sur les envies de Cerrone et son avis sur la musique d'aujourd'hui. Pour lui, l'évolution est très claire :

C'est devenu n'importe quoi, à la fin des années 2000 c'était du bruit. Ils ont pressé le citron.

L'occasion de se lancer dans une histoire de l'industrie musicale, de taper sur les arrangements faussement disco, de louer le compromis entre technologie et mise en avant de la voix, de retracer l'évolution des interprètes et le retour sous-jacent du live. "Ça va dans la bonne direction depuis quatre ans. On sort peu à peu d'un formatage".

La production au centre de la musique et le retour de musiciens "live" : les deux piliers de la création selon Cerrone, précurseur à sa façon d'une French Touch avant l'heure. "La France est un vivier créatif. Aujourd'hui c'est en France qu'il faut être ! On va au bout des choses en matière de musique. Et même dans les clips, regardez le succès des réalisateurs de Happy !". Cette aura française, il s'en réjouit, lui qui à l'époque s'est exilé aux Etats-Unis tout en souffrant d'un manque de crédibilité. Aujourd'hui, tout s'inverse : "C'est le monde à l'envers ! A l'époque j'étais tout seul et pas crédible, je devais cacher le fait d'être français. Maintenant c'est un plus".

"Putain que c'est produit !"

Etre Français, un plus aujourd'hui. Tout comme l'héritage laissé par Cerrone pour nombre d'artistes se réclamant de son influence. Et contre toute attente, lorsqu'on l'interroge sur ses coups de coeur musicaux français, les noms cités ne sont pas forcément ceux attendus, Christine and the Queens et Stromae en tête. Surprenant, convenez-en, mais pas si illogique que ça : "J'aime les personnalités, les artistes reconnaissables tout de suite, aux univers très marqués". En somme, ce qui a fait la singularité de Cerrone à la grande époque.

"L'éducation musicale des jeunes a changé. Ils sont à la pointe de la musique et ont l'oreille pour remarquer chaque différence". Cette exigence et cette finesse de production, il la retrouve dans le travail de Mark Ronson : "Putain que c'est produit ! Ils sont 5 à finaliser chaque mix, pousser chaque petit truc au meilleur". Un autre temps, 40 ans après "Supernature" et "Give me love", les titres phares du Bûcheron...

Paris la nuit, ennui

Et si Cerrone refuse la nostalgie des paillettes disco, il nuance toutefois ce qu'est devenu le monde de la nuit et reste intarissable sur une époque faste, un paradis perdu. "L'époque 76-79 a été très intense. On osait nos propres créations car on était entre potes." Et de citer Andy Warhol, Jean-Paul Gaultier, le Studio 54, Jean-Paul Goude...

Je suis encore un homme de nuit mais Paris la nuit, ça ne bouge plus.

Mais rien de définitif là-dedans nous précise-t-il. "Pour que ça bouge, il faut des meneurs, il faut des tarés, il faut que les gens osent. Ça va venir. Les discothèques souffrent tellement... Peut-être allons-nous vers une autre ère ?"

Une nouvelle ère ? Probablement.
Paris qui ne bouge plus ? Marc Cerrone, permettez-nous d'en douter !

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