Boys Noize :

Boys Noize : "Personne ne me dit ce que j'ai à faire, je veux être libre"

By Mathilde Charpentier
30 Mai 2016

Ce 26 mai, nous avons rencontré Boys Noize pour la sortie de son quatrième album, "Mayday". Si ce terme est généralement utilisé pour émettre un appel d'urgence, le DJ allemand nous prouve qu'il n'a besoin de personne pour avancer.

C'est à l'Hôtel Providence que nous avons passé un moment avec le talentueux producteur. Pendant près de trente minutes et tout juste remis (ou pas) de son concert à La Gaîté Lyrique le 25 mai dernier, Boys Noize aka Alexander Ridha a pris le temps de répondre à nos questions, sans langue de bois.

Villa Schweppes : Ton nouvel album Mayday est assez différent de tes trois précédents opus. Tu nous donnes l'impression d'avoir travailler principalement sur les mélodies. Par exemple, les titres comme "Rock The Bells" et "Los Ninos" explorent tout ton sens créatif.

Boys Noize : Oui, ce sont sans doute les collaborations qui donnent cet effet là. Juste avant, j'ai produit un album avec Chilly Gonzales et ça m'a aussi probablement inspiré. D'habitude, je suis davantage intéressé par les sons que par la mélodie parce qu'il m'est difficile de poser une mélodie sur un track orienté club.

J'aime beaucoup jouer avec les arrangements

Comment as-tu travaillé sur tes musiques ? Tu as crée les sons en premier et réalisé les voix ensuite ?

Boys Noize : Tous les tracks ont été crées sur le moment avec l'artiste. J'adore tous ces moments partagés, il y a quelque chose de très personnel. Je pense que si tu es capable de traduire cela dans ta musique finale, c'est toujours bien. Pour moi, c'est toujours important d'être en studio avec quelqu'un et d'établir un rapport humain, même si tu ne connais pas la personne.

Quelle était ton ambition avec Mayday ?

Boys Noize : Je suis reparti de zéro en retournant en studio. Par exemple, sur le titre "Starchild' avec Poliça, j'ai essayé de faire quelques chose de frais et d'un peu pop. J'aime beaucoup jouer avec les arrangements.

Justement, en regardant le clip de "Starchild", on est véritablement transportés dans un monde parallèle. C'est l'effet que tu voulais donner?

Boys Noize : Je voulais que les gens soient conscients de la société dans laquelle on vit. Un monde où beaucoup vivent dans la conformité. Tout est pareil au même moment. L'empathie que l'on ressent pour les autres personnes et les autres cultures s'engourdit. Dans le clip, la jeune fille veut juste s'amuser mais parce qu'elle est différente, elle est exclue. En société c'est la même chose : les gens qui pensent ou s'habillent différemment ne sont pas acceptés parce que chacun est concentré sur sa petite personne. Parallèlement, c'est un écho à ma vie en tant que DJ. J'ai toujours mélangé les styles (house, techno, disco etc.) et je n'aime pas que tout soit rangé dans des cases spécifiques.

Tu revendiques des choses extrêmement fortes. Il y a un engagement politique derrière Mayday ?

Boys Noize : Non, il n'y a pas de revendications politiques dans ma musique. Je fais de l'électro pour que les gens s'amusent, même si il y a un lien étroit avec l'industrie musicale qui est, je trouve, devenue trop réglée. J'ai toujours tout fait moi-même : j'ai crée mon propre label (Boysnoize Records ndlr) et personne ne me dit ce que j'ai à faire, je veux être libre.

Je crée des sons qui me plaisent avant tout

Depuis ton morceau avec les Black Eyed Peas, tu ne joues plus le jeu des collab' dites "bankables". Pour toi, Boysnoize Records est donc une façon de t'émanciper de cette industrie ?

Boys Noize : C'était vraiment une très bonne expérience. J'ai travaillé avec les Black Eyed Peas en 2008, soit quelques temps après qu'ils aient tous explosé avec leurs titres. À l'époque, j'étais un enfant et je me suis dit : "Faisons quelque chose qui soit carrément génial ! Ça sera pop, ça sera cool". Mais quand on s'est retrouvés en studio, j'ai réalisé que j'avais une approche du travail totalement contraire de celle de ces artistes "populaires". Pour les maisons de disques, l'unique but est de savoir comment vendre le plus de singles. Je ne fais pas de la musique pour savoir qui l'aimera le plus, je crée des sons qui me plaisent avant tout.

Si un immense artiste demande à travailler avec toi, tu réfléchis donc à deux fois ?

Boys Noize : Si j'aime l'artiste et qu'il est vraiment bon, je collaborerai avec lui. Mais seulement selon mes conditions.

En début d'année, tu as fêté les 10 ans de BoysNoize Records auquel Ed Banger était invité. Que représente ce label pour toi ?

Boys Noize : Je n'ai jamais rien vu d'aussi incroyable. Pedro Winter est très à l'écoute de ses artistes. Je me souviens encore très bien du moment où le premier enregistrement est sorti, c'était la chose la plus originale que je n'ai jamais entendue. Quand j'ai joué ce son pour la première fois, tout le monde sur la piste a arrêté de danser et s'est demandé ce que c'était. Je considère Ed Banger comme l'un des labels les plus innovants.

Tu as collaboré sur l'album de Jean Michel Jarre, Electronica. Raconte nous comment s'est passée votre rencontre et comment vous est venue l'idée de travailler ensemble.

Boys Noize : Quand il m'a contacté, j'ai été à la fois surpris et très honoré. Du coup, j'ai tout de suite accepté sa proposition. Je suis un de ses plus grand fan, j'ai tous ses albums. On s'est rencontrés une première fois à Los Angeles et il m'a parlé de son projet. Ensuite, on s'est envoyés plusieurs démos et on s'est revus une seconde fois. C'était très amusant...

Cet été, on retrouvera à l'affiche de nombreux festivals comme le Sziget, Solidays ou Garorock. Dans un monde parfait, où rêverais-tu de te produire ?

Boys Noize : J'aimerais beaucoup me produire dans les îles, sous les tropiques. Pour moi, ça serait vraiment idyllique.

Mayday est disponible depuis le 20 mai dernier en téléchargement légal ici

Propos recueillis par Tawfik Akachar et Mathilde Charpentier

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