Comment la fête se réinvente en streaming : Boiler Room, Howl...

By Charles Crost
16 Jan 2014

Comment la fête se réinvente en streaming : Boiler Room, Howl... @DR, Virgile Guinard

Comment la fête se réinvente en streaming : Boiler Room, Howl...

Cassius à la Boiler Room

Comment la fête se réinvente en streaming : Boiler Room, Howl... @DR

Comment la fête se réinvente en streaming : Boiler Room, Howl...

Overdrive Infinity

Et si 2014 était l'année du live online ? On connaissait déjà les Boiler Room, mais les expériences se multiplient, avec Overdrive Infinity de Teki Latex ou le réseau Howl. Internet, le futur de la nuit ?

Depuis 2010 et la diffusion de la première soirée Boiler Room en streaming sur le web, le phénomène ne fait que prendre de l'ampleur. En effet, des centaines de fêtes ont désormais été enregistrées aux quatre coins du monde par ces londoniens et les vues se comptent en centaines de milliers, voire en millions. Un concept qui donne des idées comme Overdrive Infinity, curatée par Teki Latex ou Howl, système de streaming ouvert à tous ceux qui ont une webcam et un micro.

Tout ceci pose une question : quel intérêt y-a-t-il a voir un Dj derrière son écran, loin de la fête, des danseurs, sur ses enceintes d'ordinateur ? Le rapport au live est-il le même quand celui-ci est retransmis depuis l'autre bout du monde ? On a cherché à comprendre ce drôle d'engouement.

Le streaming, héritier des bootlegs

Pour trouver les sources de la pratique, il faut remonter assez tôt dans l'histoire de la musique moderne : depuis que la musique a pu être enregistrée, les performances live ont toujours été captées par des fans et sorties sur des circuits illégaux et parallèles. Ces "bootlegs", qui étaient au début des alternatives aux disques officiels sont très vite devenus des pièces rares, voire cultes, très recherchées par les collectionneurs, à l'image de "Gun Control" des Sex Pistols ou "Liver Than You'll Ever Be" des Rolling Stones.

Ces lives enregistrés parfois maladroitement ne sont pas restés seulement cantonnés au patrimoine rock : on trouvait sur le stand de Kill The DJ à la Villette Sonique de vieux bootlegs CD de Gilb'R et Ivan Smagghe au Pulp qui ont largement attiré l'attention. Le magnétisme de ces pièces peut s'expliquer assez facilement : ce sont la seule chose qui reste de sets joués à un moment et un endroit donné, donc par essence temporaires. Le charme est aussi celui des accidents qui auraient été cachés lors d'une sortie officielle : une corde cassée, une transition bancale, un morceau mal démarré et repris etc...

Une popularisation exponentielle

Ainsi, ces bootlegs se sont réinventés avec l'arrivée d'internet. C'est Boiler Room, en filmant ses soirées dans les clubs et en les proposant en streaming aux quatre coins du monde, qui a créé le bootleg 2.0. Naturellement, la sauce à très vite pris. L'appétit des fans électro pour ces sets joués par des DJs stars comme des locaux relativement adulés de différents undergrounds ne s'est pas fait attendre.

Très vite, des plateformes comme Howl se sont développées, permettant à tout à chacun de jouer ou même simplement discuter en direct avec des fans du bout du monde. Ainsi, on a pu y trouver quelques perles, comme un live de Sydney Valette dans son appartement, à la cool, en interaction avec les commentaires de la communauté. On retrouvera aussi ce vendredi un live d'Etienne Jaumet en duo avec Richard Pinhas depuis un disquaire parisien.

De matière plus éditorialisée, le légendaire Teki Latex invente sa web-TV sur Dailymotion: Overdrive Infinity. Chaque semaine, il convie deux des DJs qui font la nuit à jouer une heure de set sur des projections concoctées par un artiste différent à chaque fois. Le curating est moins tape à l'oeil qu'une Boiler Room, plus proche de l'actualité, en invitant par exemple Low Jack, Betty ou Djedjotronic . La France envoie donc ses meilleurs DJs à la face du monde, et la prochaine à y passer, dès vendredi soir, c'est la prêtresse techno de la Stéréotype: AZF.

Des performances un peu à part

Quand on lui demande ce que l'expérience représente pour elle, elle nous fait part d'un petit regain de stress : "J'ai un peu plus de trac que d'habitude à cause du stream. En club, les gens viennent pour t'écouter mais aussi faire la teuf, c'est plus une histoire d'énergie. Alors que pendant une émission de ce genre tu es vraiment tout seul, et tu joues pour des gens posés devant leur ordi chez eux, ce n'est pas du tout le même exercice!".

Surtout, des Taïwanais, des Américains ou des Gabonais pourront suivre sa performance en direct ou en différé. Le streaming remet ainsi en cause jusqu'au concept de même de spectacle vivant, fixant dans le temps des performances, symbole plus ou moins contrôlé d'une période, d'une époque, dans un cadre tout à fait à part. Pour AZF, Overdrive Infinity "n'est pas seulement filmer les meilleurs à travers le monde, c'est aussi proposer aux gens des newcomers, des artistes pour les habillages visuels et une grosse part pour le numérique. Bref, mélanger les genres. On peut que saluer la démarche, non ? ". En effet, on dépasse le simple cadre d'une fête classique.

Ainsi, ce serait peut-être se tromper que de dire que ces démarches de streaming tendent à importer des soirées dans vos salons. Il semble plutôt que nous fassions face à une nouvelle forme de spectacle enregistré, à mi-chemin entre le cadre "officieux" du bootleg, l'intimité d'un salon, les créations numériques des artistes d'Overdrive Infinity et des images d'archives pour le futur. Ces performances peuvent s'apprécier de nombreuses façons différentes : en fond sonore comme une mixtape, à l'écran pour les installations arty et la prestance du DJ ou bien de manière morcelée ou "éducative" pour découvrir brièvement le style d'un DJ ou comprendre son tripotage incessant de boutons. Mais jamais, c'est sûr, vous ne brancherez ces retransmissions pour danser seul dans votre salon. Parce que ce n'est de toute façon pas très drôle de danser seul dans son salon.

La libération du DJ

Face à l'aspect éphémère et très vite oublié de la nuit, la captation et la retransmission des fêtes pourraient donc être les outils qui permettront aux DJs de devenir cultes bien au-delà du cercle de " ceux qui y étaient ". Ces systèmes de streaming pourraient ainsi permettre d'affranchir les DJ des traditionnels "EPs" obligatoires pour passer un certain cap. Soundcloud et le streaming audio ont fait le premier pas en permettant la diffusion de mixtapes, la vidéo fait le second en offrant l'image, l'attitude et la mise en scène au spectateur. Grace à elle, peut être que l'avenir nous gardera plus de traces des DJs : il suffit de voir le manque de documents vidéos de qualité sur la légende du Pulp DJ Sextoy pour se rendre compte de la nécessité de sauvegarder ces instantanés de musique et de fête.


Jennifer Cardini - Overdrive Infinity #8 (Part 1) par OverdriveInfinity

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