Ben Vedren :

Ben Vedren : "Je suis encore un petit padawan"

By Stéphanie Chermont
12 Juin 2015

Ben Vedren, c'est l'artiste de la scène électro parisienne à suivre. Guitariste, ingé son à ses débuts, il est aujourd'hui reconnu et suivi en tant que DJ mais aussi producteur et même professeur ! Rencontre quelques minutes avant son live au Weather Festival, édition 2015.

Villa Schweppes : En quoi est-ce intéressant pour toi d'être programmé dans des festivals comme le Weather, où nous sommes aujourd'hui ?

Ben Vedren : Le fait de jouer en festival, c'est déjà une expérience très forte parce qu'il y a beaucoup de monde, il y a un gros sound system donc ce n'est pas la même approche, tout se base sur les sensations. D'être au Weather, c'est d'autant plus important pour moi parce que c'est à Paris, et ce qu'il se passe en ce moment à Paris, c'est assez dingue, et d'y participer c'est un honneur !

Villa Schweppes : Qu'est-ce qui se passe en ce moment à Paris ?

Ben Vedren : C'est presque indescriptible. Il y a une sorte de boule d'énergie comme il y a pu avoir à Berlin il y a quelques années. Les gens sont excités, ils ont soif de musique. Du coup, il y a plus de soirées et aussi la possibilité de voir plus d'artistes, une nouvelle génération de clubbeurs arrive et découvre tout ça avec tous les meilleurs artistes du monde qui sont là tous les week-ends. C'est une chance énorme. Paris n'était pas comme ça il y a 4-5 ans, il fallait partir à l'étranger pour faire de bonnes soirées, à Londres, à Berlin ou encore à Francfort.

Ce qu'il se passe en ce moment à Paris, c'est assez dingue.

Villa Schweppes : En quoi le Weather Festival concourt à tout ça ?

Ben Vedren : Le Weather, c'est un peu la consécration de tout ce qu'il se passe à Paris depuis quelques années. C'est toute cette énergie, c'est aussi un étendard de tout ce qu'il s'est passé. Concrètement, c'est le premier événement de cette envergure en France, même si on a déjà les Nuits Sonores, qui sont plus larges, moins clubbing. Là, on est au même niveau qu'un Time Warp ou un Dekmantel.

Villa Schweppes : Tu es programmé en live juste avant Ricardo Villalobos, qu'est-ce que ça te fait ?

Ben Vedren : Ça me fait des frissons partout (Rires) ! C'est quelqu'un que j'admire énormément, pour sa musique. J'ai eu la chance de le rencontrer à Dublin, on s'était retrouvés après la soirée à passer un moment privilégié dans une chambre d'hôtel en petit comité, puis toute une journée. Je suis assez admiratif de ce qu'il est humainement, de sa démarche qui est sincère. Pour moi, c'est juste un truc de fou cette programmation.

Ben Vedren :

Ben Vedren au Weather Festival 2015.

Villa Schweppes : Comment as-tu préparé ton live ? Est-ce un travail de longue haleine ou l'aboutissement de ce que tu fais depuis plusieurs années ?

Ben Vedren : C'est une continuité du travail sur le live que je fais. Après, c'est vrai que je l'ai orienté plus festival. C'est une cadence plus soutenue de ce que je peux faire d'habitude dans les clubs. Disons que dans les clubs, tu peux plus facilement te permettre des subtilités, en festival, il faut envoyer du bois ! J'ai taillé du bois donc pendant deux semaines... (Rires).

Villa Schweppes : Tu as plus de pression aussi en festival ?

Ben Vedren : Je pense qu'il y a toujours une pression mais en festival, c'est assez fort oui. Je ne sais pas comment le décrire, il y a une excitation très forte aussi et les deux s'équilibrent. Le truc, c'est d'arriver à bien canaliser ce stress pour ne pas être bloqué complètement.

Villa Schweppes : Tu as pas mal de casquettes. Tu as commencé comme ingé son, aujourd'hui tu es aussi producteur, comment se déroule ton quotidien ?

Ben Vedren : J'ai cette chance là ! Même avant de commencer à en faire carrière, j'ai toujours fait de la musique, notamment comme compositeur pour de l'événementiel, de la télé, avec des designers. Le côté musique électronique, c'est vraiment le projet personnel. Je commence à voyager aussi mais je suis encore un petit padawan (Rires).

En festival, il faut envoyer du bois !

Villa Schweppes : Tu fais partie de la "famille" Concrete, qu'est-ce que l'on peut en dire ?

Ben Vedren : La famille Concrete, je pense qu'au-delà du fait que l'on s'entende tous très bien, c'est que l'on se laisse tous un peu porter, en travaillant, et ça grossit de manière impressionnante, on ne sait pas trop jusqu'où nous allons aller mais on y va ensemble. Cette direction commune nous fédère.

Villa Schweppes : En quoi la Concrete joue dans cette nouvelle ère de la nuit parisienne ?

Ben Vedren : Je pense que la Concrete a mis un coup de pied dans la fourmilière, qui était un peu endormie à Paris. Je pense que ça a aussi ramené un nouveau public et ça a motivé les autres prometteurs à suivre cet élan-là. Ça a bien embarqué tout le monde.

Ben Vedren :

Ben Vedren avant son live au Weather Festival.

Villa Schweppes : Qu'est-ce qui t'a donné envie de te lancer pleinement dans ce que tu fais aujourd'hui ? Quand a été le déclic ?

Ben Vedren : Le déclic, je l'ai eu très jeune, à 5 ans. J'ai toujours su que je voulais faire ça et qu'il fallait que je me lance. C'était comme une vocation naturelle. À cet âge, mes parents m'ont acheté un petit tourne-disque Fisher-Price, que tu as peut-être eu d'ailleurs. J'étais à la campagne, j'écoutais les vinyles disco de mon frère dont notamment deux morceaux, le disque s'arrêtait et je le remettais. Sans fin. J'avais cette sensibilité pour la répétition et le fait de partir dans une espèce de transe.

Villa Schweppes : Et cette transe est toujours présente à 33 ans ?

Ben Vedren : Elle a évolué avec les connaissances, l'influence. Mais ce qui est intéressant, c'est de revenir à ce point de départ et à un moment donné, de mettre la technique de côté, les barrières aussi que l'on peut se mettre par rapport aux cadres de tel style ou tel style, de revenir à cette enfance et ce côté enfantin très présent lorsque l'on créé.

Villa Schweppes : Tu en parles souvent, de cet accès à la technique ouverte au plus grand nombre. Comment on se distingue justement par rapport aux autres ? Comment on en fait son métier ?

Ben Vedren : Je vois trois facteurs. D'abord le travail, la musique te demande beaucoup de travail, il faut être très patient, la musique demande de la technique que tu dois maîtriser avant de pouvoir ne plus réfléchir dans la création. Après, il existe plusieurs types de réussites, tu peux sortir un morceau qui va cartonner et tu vas tourner pendant 6 mois, faire les plus gros clubs et après ça retombe comme un soufflé. La réussite que j'espère avoir, c'est celle de durer dans le temps. Et pour durer, il faut avoir quelque chose à dire. Une identité, un talent ou une disposition naturelle qui joue. Je le vois dans mes formations, il y a des mecs complètement débutants et pourtant, dès le premier truc, il y a quelque chose, il y a un feeling. Je crois qu'il y a aussi une part de chance, de moment, de rencontre avec la bonne personne.

Villa Schweppes : Toi ça a été qui justement cette personne qui t'a donné envie ?

Ben Vedren : Plusieurs personnes en fait, Cabanne inévitablement. Il a été le déclencheur de tout ce qui est en train de se passer pour moi. Après, la rencontre avec Chez Damier a été très importante aussi et toute l'équipe Concrete. Cabanne, c'est par un ami commun. Je lui ai fait écouter deux morceaux que j'avais, il m'a dit " C'est super, faut les envoyer à Cabanne ". Deux heures après, il m'a rappelé en me disant que c'était bon, qu'il allait sortir mon disque. Ça s'est fait comme ça, hyper simplement. J'étais surpris, je ne m'y attendais pas du tout. J'étais content, c'était un honneur.

Villa Schweppes : Quelles sont tes sources d'inspiration en ce moment ?

Ben Vedren : Ça peut être tout ce qui passe, un mec qui joue dans le métro, ça peut être une musique de film. Par exemple, j'ai flashé sur la musique d'Interstellar (ndlr : de Christopher Nolan). Ça peut aussi être des gens que je rencontre et qui m'inspirent dans ma musique.

Villa Schweppes : Tes projets, qu'est-ce qui se passe pour toi ?

Ben Vedren : On va sortir un double EP avec Pit Spector, sur un projet qui s'appelle Prospector. C'est une belle collaboration, on s'est bien marrés à le faire. Ça sort cet été. Je prépare aussi un disque pour le prochain Minibar. Sinon rien à voir mais je travaille sur un projet de création sonore pour une lampe de réveil. La lampe va s'appelle " Aura ", j'ai fait une recherche de savoirs sur ce qui apaise, ce qui endort... Ça tourne pas mal autour des vagues, de vagues sonores pour s'endormir. Pour le réveil, c'est par progression, sur 20 minutes. Je vais travailler aussi sur la prochaine tournée de Dani Siciliano, pour mettre en place son live.

Villa Schweppes : Un morceau à nous conseiller d'après Weather Festival ?

Ben Vedren : Un morceau que j'écoute en ce moment, Avishai Cohen, " Continuo ".

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