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Barbizon, le nouveau refuge des citadins en manque de vert

Barbizon, le nouveau refuge des citadins en manque de vert

By Jennifer Durand-Raynal
27 Juil 2021

Comment ce village d'artistes pré-impressionnistes en lisière de la forêt de Fontainebleau est devenu en quelques années un nouveau repaire d'artistes et attire de plus en plus de citadins adeptes du slow tourisme venus s'y ressourcer ?

Un héritage vivant

Imaginez, en lisière de la forêt de Fontainebleau, un charmant petit village au cadre bucolique, des ruelles pavées bordées de maisons recouvertes de lierre et de glycine où le temps semble s'être arrêté. Mais ne vous fiez pas aux apparences, Barbizon est loin d'être un village endormi.

Derrière celui que l'on surnomme le " village de peintres ", se cache un véritable village de caractère qui se conjugue certes au passé mais surtout au présent. Devenu célèbre dans le monde entier pour avoir vu naître l'un des mouvements picturaux les plus importants du XIXe siècle, Barbizon doit sa notoriété à celui que l'on considère comme le chef de file de l'école de Barbizon, Jean-Baptiste Camille Corot.

Si le peintre est le premier à explorer Barbizon, il est bientôt rejoint par Théodore Rousseau, Jean-François Millet et Charles-François Daubigny. Alors que la plupart des artistes de cette première moitié du XIXe travaillent exclusivement dans leurs ateliers parisiens, ceux-là aspirent à autre chose : peindre " sur le motif ", c'est-à-dire à l'extérieur. Ces pionniers du paysagisme fuient l'irrespirable capitale où l'industrialisation se fait grandissante avec une seule idée, profiter de ces nouvelles possibilités de mobilité offertes par le chemin de fer mais surtout par l'invention de la peinture en tube pour prendre la clé des champs !

À l'aube des années 1830, Barbizon qui n'est qu'un hameau de bûcherons bordé par la forêt attire ainsi ce petit groupe de peintres qui prend pension à l'Auberge Ganne. Au coeur de la forêt, ils plantent leur chevalet pour mieux saisir la nature, capter les variations de la lumière, percevoir les couleurs changeantes d'un ciel orageux ou s'inspirer du travail des paysans. Ces précurseurs, rejoints par bien d'autres formeront l'École de Barbizon, posant les premiers jalons d'un autre courant à venir, connu sous le nom d'Impressionnisme.

Barbizon, le nouveau refuge des citadins en manque de vert

Le restaurant La Bohème et le décor bucolique de Barbizon.

Sur les traces de Corot, Millet, Rousseau & co

Connu dans le monde entier pour avoir servi de décor à L'Angélus et aux Glaneuses, deux chefs-d'oeuvre du Musée d'Orsay peints par Jean-François Millet en 1857, Barbizon attire de nombreux visiteurs qui viennent marcher sur les traces des peintres de le l'École de Barbizon. La balade commence par l'Auberge Ganne, cette épicerie-auberge autrefois tenue par Edmée et François Ganne où la plupart des peintres ont séjourné. Elle abrite aujourd'hui le Musée départemental des peintres de Barbizon et raconte l'épopée des " Peint'à Ganne ", comme les appelaient familièrement les habitants du village, à travers les meubles et panneaux décorés par les artistes et des objets du quotidien. On poursuit en poussant les portes de l'atelier de Jean-François Millet à la Maison Atelier Jean-François Millet qui fait également office de galerie pour les peintres locaux. Enfin, le Circuit découverte des peintres de Barbizon nous entraîne au coeur de la forêt à la découverte des chaos rocheux peints par Corot et les vieilles futaies de chênes centenaires où Lantara gardait ses vaches.

Barbizon, le nouveau refuge des citadins en manque de vert

Façade de l'auberge Ganne - Barbizon

Barbizon, le néo refuge arty

Mais Barbizon est loin de ces villages touristiques au passé prestigieux qui surfent sur un héritage vieux de plusieurs siècles. Le " village des peintres " a beau être le berceau mythique de la peinture pré-impressionniste en France, il vit bel et bien dans le présent et perpétue sa réputation de refuge arty.

" Cet héritage artistique booste Barbizon, ainsi que tous les villages qui bordent la forêt comme Chailly et Bourron-Marlotte, beaucoup de résidences secondaires se sont transformées en résidences principales avec l'arrivée d'une nouvelle génération d'artistes. C'est très multidisciplinaire, nous voyons par exemple de plus en plus d'ébénistes d'art et de sculpteurs qui s'installent à Barbizon " se réjouit Christelle Berthevas, responsable communication de l'Office de Tourisme de Barbizon. Pas étonnant que dans la grande rue de Barbizon, principale artère du village, un commerce sur deux soit une galerie d'art !

Une nouvelle dynamique initiée il y a moins d'une dizaine d'années avec l'arrivée de la galerie Besharat. Après Atlanta, le collectionneur américain Massoud Besharat décide d'ouvrir une galerie d'art contemporain à Barbizon. Installée dans l'ancienne Villa Les Charmettes, la Besharat Gallery met en lumière le travail d'artistes internationaux, à l'instar de Steve McCurry, le photographe de l'Afghane aux yeux verts, à qui la galerie consacrait une de ses dernières expositions.

Barbizon, le nouveau refuge des citadins en manque de vert

La Galerie Besharat à Barbizon

Dernier événement en date qui place Barbizon au coeur de la branchitude, l'ouverture en 2020 par Lionel Bensemoun, baron des nuits parisiennes, de la Folie Barbizon. À la fois maison d'hôtes slow life et résidence d'artistes, ce lieu hybride qui se veut avant tout proche de la nature compte une vingtaine de chambres dont la décoration mêle trouvailles vintage et pièces de mobilier réalisées par les résidents eux-mêmes. Une maison de campagne où artistes en manque de verdure et citadins sévèrement burn-outés viennent se ressourcer entre balade en forêt, atelier céramique et pause yoga. La Folie, c'est aussi une table - végétale, biologique, locale et conviviale - pilotée chaque saison par un chef en résidence, et dont le brunch dominical s'est déjà fait une petite renommée.

Au XIXe siècle, les artistes sont venus se réfugier à Barbizon dans un contexte de révolution industrielle, à un moment où le monde était en plein changement et où ils ressentaient le besoin se rapprocher de la nature. A deux pas de la forêt de Fontainebleau, l'Auberge Ganne était devenue le quartier général de ces précurseurs de l'Impressionnisme. Difficile de ne pas voir dans la Folie Barbizon, lieu pluridisciplinaire où les artistes viennent en résidence, le prolongement de cette tradition artistique. La révolution industrielle du XIXe siècle a laissé place à la révolution digitale, sur laquelle se sont greffés des questionnements climatiques et une crise sanitaire, mais les conséquences sont les mêmes, cette reconnexion avec la nature devient une nécessité. Au final, les motivations des artistes et des visiteurs qui viennent aujourd'hui à Barbizon, ne sont pas si éloignées de celles des artistes du XIXe siècle.

Barbizon, le nouveau refuge des citadins en manque de vert

Folie Barbizon

L'échappée verte

" Avant la crise Covid, nous avions déjà observé que les visiteurs qui venaient pour de courts séjours préféraient le train, ce qui était relativement nouveau. Et ça c'est un processus global, c'est une nouvelle façon d'envisager le voyage, le moyen de transport que vous choisissez fait aussi partie du type de tourisme que vous recherchez et du type de touriste que vous êtes. Nos visiteurs, ce sont aussi des gens qui ont cette sensibilité " explique Christelle Berthevas. Destination culturelle et nature, Barbizon cumule les atouts.

Dans ce village de la taille d'un mouchoir de poche, pas besoin de voiture, tout se fait à pied. Et puis ici la marche on aime ça ! Autrefois un peu ringarde, la randonnée en forêt redevient tendance, son côté sport doux qui reconnecte avec la nature est particulièrement apprécié des Parisiens qui découvrent souvent Barbizon en famille. " Ils viennent pour le week-end, pour prendre le temps de se poser. Mais tout cela est en train d'évoluer, avec le télétravail les séjours vont se rallonger, et nous serons prêts à les accueillir ! " conclut Christelle Berthevas.

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Les rues de Barbizon

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