"Qu'est-ce qu'un Edit" par Cosmo Vitelli et Prieur de la Marne

By Charles Crost
19 Mar 2014

Remix, édit, du pareil au même? Non ! Faisons cesser la confusion. Nous avons demandé à Cosmo Vitelli et Prieur de la Marne, deux grands activistes de la pratique, de nous introduire à l'art de l'édit.

Souvent, on ne comprend pas la différence entre la mention "(remix)" et la mention "(édit)" à la fin du nom d'un morceau. Les gens comprennent qu'il a été retouché mais pourtant, le modus operandi est assez différent et l'intention plus encore.

Ainsi, l'édit est très loin du remix : en effet, le second nécessite d'obtenir le morceau au stade du mixage, alors qu'un édit peut être réalisé avec le morceau tel qu'il est livré au public : "Le remix utilise les pistes séparées du morceau, c'est à dire les différents instruments isolés. Du coup on peut faire beaucoup plus de choses et vraiment les remodeler" explique Cosmo Vitelli, DJ émérite et boss du très reputé label I'm A Cliché. Prieur de la Marne, dernière signature Alpage Records, note aussi une différence de sens, de but "Le remix, en règle générale, est une commande. Si un label veut un remix intéressant, il attendra de toi que tu en fasses quelque chose de radicalement différent de l'original. C'est la clé d'un remix réussi. Souvent mes édits reflètent mon état de forme ou mon humeur du moment. Ce sont toujours des initiatives personnelles. Personne n'attend quoi que ce soit de moi d'un point de vue musical."

Si le remix est une réinterprétation du morceau, l'édit lui, en est une sorte d'optimisation: "Depuis le disco, beaucoup de DJs ont fait leurs propres versions de morceaux existants en vue de les rendre plus efficaces ou plus adaptés à leurs sets et leur style. A l'origine ça n'était destiné qu'à leur usage personnel, puis ça a fini par être commercialisé à partir des 90s, souvent sous forme de bootlegs" explique Cosmo Vitelli. Pour Prieur de la Marne, "l'exercice de l'edit consiste à essayer de donner un second souffle à un morceau que l'on aime profondément. Mettre un petit peu de lumière dessus. "

Un art de DJ

Si le public n'est pas forcément familier de la pratique, cela fait longtemps que les édits servent aux Djs à personnaliser leurs sets : "J'aime autant que possible que les trucs que je joue ne soient pas joués en boucle dans tous les clubs ou je mets les pieds, mais c'est juste pour éviter la routine, pas pour faire le malin ou parler aux geeks" explique Cosmo Vitelli. Il cite d'ailleurs quelques spécialistes historiques qui l'ont précédé : " Danny Krivit, Ron Hardy, Harvey...". Prieur de la Marne, lui, se nourrit des modernes : "je considère Pilooski ou Cosmo Vitelli comme de vrais guides en la matière. Ils ont réussi de très belles choses dans cet exercice, toujours avec du goût et du raffinement. Je ne saurais oublier Plaisir de France, les Get A Room ou Guido. Au travers de leurs edits, ils réhabilitent, voire consacrent, des artistes que l'on a oubliés, ou simplement négligés."

L'édit peut en effet être l'occasion de transformer un morceau en véritable signifiant. Le protégé d'Alpage Records qui sort actuellement une série de 45 tours d'édits nommés "Messages Personnels" s'engage dans une démarche très sensible : "Il y a toute une époque que j'affectionne au-delà des mots. Celle de Monsieur Cinéma avec Pierre Tchernia. Il y avait toujours un film populaire et un petit tour de table autour des films qui allaient sortir. Ça devait être au début des années 80. Mon père était dingue de ciné et fou amoureux de Romy Schneider... J'ai gardé une fascination pour cette actrice. Plus qu'une esthétique musicale qui se prête à l'exercice de l'edit, c'est le souvenir, même édulcoré, de cette courte période de mon enfance." Plus que de faire danser, l'édit lui permet donc de faire ressentir.

Cosmo Vitelli, pour sa part, propose toute les deux semaines à travers I'm A Cliché un édit d'un producteur proche du label en téléchargement gratuit. Cet "Edit Service" est même devenu une référence. Il s'explique : "Beaucoup de producteurs autour de nous font des edits, pour eux-même ou pour les diffuser, on s'est dit que c'était un bon moyen de les associer au label sans faire nécessairement de sortie "officielle". Et il y a aussi ceux que l'on reçoit sans les avoir demandé, il y a parfois d'excellentes surprises."

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