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S3A au Weather Festival 2015.
S3A au Weather Festival 2015.
© Stéphanie Chermont

Rencontre avec S3A, le passionné

Publié le 10/06/2015 à 16:00

A l'occasion de son premier live au Weather Festival, nous avons rencontré Max Fader, S3A (Sampling As An Art) de son nom de scène. Passionné par la musique dans son ensemble, aux multiples influences notamment house, S3A a conquis un large public. Une rencontre au soleil où l'on parle de ses débuts, de Concrete, de Paris et de ses projets à venir.

Villa Schweppes : Comment es-tu devenu S3A ?

S3A : Je fais de la musique depuis 1999, je faisais beaucoup de techno avant. Au fur à mesure du temps, comme j'ai pas mal écouté tout ce qui est Masters at Work, Soulful ou house tout simplement, je me suis dit que je devais me lancer. Quand on a splitté avec Zadig, on avait un studio en commun de 2007 à 2009, je me suis dit que c'était le bon moment pour assumer ce côté-là. MCDE m'avait déjà mis une grosse claque, tout ce qui est simple base, ça me semblait à ma portée, je me suis lancé en 2010.

Villa Schweppes : Depuis ces 5 ans, comment ta musique a-t-elle évolué ?

S3A : Les cinq premiers morceaux, je les ai fait car j'ai voulu faire de la musique avec les choses que j'adorais écouter. On a souvent dans notre vie des albums qui reviennent comme ça, par époque. Je me suis dit qu'il fallait que je creuse. Ensuite, j'ai essayé d'ajouter plus de synthés, de composition, deuxième voix, troisième voix, etc. Et à partir de là, j'ai commencé à vraiment ajouter beaucoup de notes, couper dans tous les sens, limite dénaturer certains morceaux à la base pour m'en servir comme matières. Après, il y a un autre penchant de ma personnalité musicale qui est plutôt "ravey", un côté très anglais, très noir. J'ai signé une série de chansons que j'ai appelé The Ravist, qui sont une subdivision de S3A. Depuis quelques années, S3A a évolué en plus musical, plus rave, plus acide, et disons que là, je suis un peu entre les deux.

Grosso modo, je prépare la trame du mix et ensuite je m'adapte selon les gens.

Villa Schweppes : C'est ton troisième Weather Festival et surtout ton premier live ici, comment est-ce que tu t'es préparé ?

S3A : Le premier, je ne jouais pas pour le public mais sur la terrasse du Palais des Congrès, l'année dernière, j'ai fait mon premier mix au Weather, c'était génial. J'ai adoré parce qu'aussi j'étais juste en face de Air Force One, c'était super cool. Et puis même, la deuxième heure, j'étais vraiment énervé. Je me suis lancé sans calcul, j'ai vraiment profité. Et là, la troisième, il fallait que je fasse une grosse préparation car c'est mon premier live. D'habitude, je prépare grosso modo la trame du mix et ensuite je m'adapte selon les gens. Grosso modo, je prépare une dizaine de disques que je sais que je vais jouer, et après je prépare les 4 premiers à chaque fois et découle plusieurs scénarios. Si les gens sont énervés, ça sera ça, si les gens sont plus deep, ça sera ça... Je m'adapte au public. Je suis quelqu'un qui traîne assez peu après avoir joué dans les clubs. Par contre, je viens en amont.

S3A, premier live au Weather Festival 2015.
S3A, premier live au Weather Festival 2015.
© Stéphanie Chermont

Villa Schweppes : Pourquoi est-ce que tu viens en amont ? Pour être avec ton public ?

S3A : C'est vraiment ça, j'ai besoin de ressentir le truc. J'ai l'impression que plus je suis là en avance, plus j'appréhende les choses. Tout ça pour dire que pour le live, ça doit bien faire deux mois et demi que je me prépare. J'ai fait une première mouture de morceaux qui était trop calme par rapport à ma scène. Surtout que j'ai su que j'étais juste avant Floorplan (aka Robert Hood), faut un peu envoyer ! Fallait que je m'adapte. J'ai donc fait un autre live, beaucoup plus court, plus condensé avec des parties improvisées. Il va falloir bien surveiller le temps aussi.

Villa Schweppes : Qu'est-ce que ça te procure de jouer en festival ?

S3A : Ce n'est pas le premier que je fais, le dernier en date c'est le Dimensions. Je pense que lorsque tu joues en festival, tu dois être plus fédérateur. Et les gens ne sont pas forcément là pour toi, pour ton son, par contre il faut les accrocher et ils sont facilement accrochables. Dans un club de puristes, si tu fais une connerie sur un morceau, voilà... Là, si tu fais quelque chose d'un peu racoleur, ça marchera mieux ou alors c'est qu'avec l'esprit fête, ça va bien. Ce que je préfère, c'est le club de 600 personnes, qui transpire des murs, une expérience physique. Avec le Weather, ce qui est génial, c'est que l'on a l'impression d'être sur une autre planète.

Ce que je préfère, c'est le club de 600 personnes, qui transpire des murs.

Villa Schweppes : Que représente le Weather dans le paysage français mais aussi mondial ?

S3A : Au point de vue national, c'est évident. Et d'un point de vue mondial, je pense que ça a une vraie répercussion, sur les aficionados surtout. Je suis certain que ça va cartonner d'autant plus, surtout quand on voit ce qui est joué aujourd'hui. J'étais très fan de la scène été de vendredi, ce sont des artistes qui sont très proches de moi comme MCDE, Pittman qui est un des meilleurs. Sinon je suis vraiment content de jouer après Kosme, c'est quelqu'un que j'apprécie énormément. Je trouve que c'est un vrai DJ, il ne se laisse pas aller vers la vulgarité, il ne fait pas tout le temps la même chose, il sait prendre des risques. Côté programmation du Weather, les deux scènes techno, je les connais un petit peu. Antigone, parce que Zadig, parce que Jeff Mills, forcément on les a vus des dizaines de fois. Le fait d'avoir l'orchestre philharmonique au début, j'ai adoré Dorian Concept Trio car je suis un gros fan de leur musique, surtout le bassiste. Et la scène Ambiant, c'est une bonne chose. Un peu comme Sonar de jour, c'était une de leur patte, tu y allais et tu savais que tu avais ton "stage" expérimental, ça ouvre de plus en plus le spectre. On passe par là pour une renommée, surtout que l'on est à Paris. Là, je rentre à pied.

Villa Schweppes : On lit que ta musique, c'est différentes cultures, différentes influences, c'est-à-dire ?

S3A : Beaucoup de Djs aujourd'hui qui sont sur la disco funk ont été élevés sur ça, sur la base de la disco, les années 80. Moi j'étais plutôt sur le jazz-fusion, avec des groupes comme Magma, ça m'a vraiment marqué. J'ai toujours pas fini de faire le tour. Le croisement des influences sur S3A, c'est trois chemins, le premier est sur la mélodie, la musique, la structure harmonique, c'est tout ce qui est jazz funk ou jazz fusion, de 1974 à 1979 maximum, et après tout ce qui est rythmique, je me sers beaucoup des années 80, jusqu'à 83-84. Après, ça devient vraiment numérique et ça n'a plus le même son. Ce n'est pas une recette miracle mais quand je regarde mon travail, je vois que je fais tout le temps ça. Du jazz, du funk et la troisième influence, ce sont les machines. Ça a été la difficulté principale pour le live d'ailleurs.

Villa Schweppes : Pourquoi ?

S3A : Les machines de l'époque, les MPC, ne sont pas faites pour jouer des samples qui durent 15 ou 20 secondes, on pète la mémoire très vite fait, et donc j'ai utilisé une petite, une SP404, plus simple, moins lourde. Le truc super dur, c'est de faire coexister les boites à rythme que j'ai ramené avec les samples longs qui sont joués par l'ordinateur et les samples courts qui sont joués par la SP404. Tout est un problème de niveau. Il faut garder une espèce de pêche.

S3A en interview avec les Fistons.
S3A en interview avec les Fistons.
© Stéphanie Chermont

Villa Schweppes : Du coup, à 13h30 on t'a vu te préparer, comment ça s'est passé ?

S3A : Oui du coup, j'ai fait ce que l'on appelle le sound check. Tu fais une heure et demi, c'était un peu décousu donc un peu dur à écouter, il fallait voir tout de suite si j'avais un problème de son, là c'est un peu trop fort donc est-ce que c'est voulu ? Ou non ? Faut se caler avec le mec du son, adorable au passage... Je ne pouvais pas lui envoyer n'importe quoi !

J'ai décidé de jouer pour les gens qui me connaissent.

Villa Schweppes : Ton challenge au final, c'est de maîtriser la technique et aussi de puiser dans ton public. C'est toujours la même ritournelle ?

S3A : Comme c'est mon premier live, je me suis vraiment pris la tête sur la tracks liste. J'ai décidé de jouer pour les gens qui me connaissent. J'ai vraiment mis des choses qui me tenaient à coeur, qui sont peut être plus difficiles à jouer. Le remix de Garnier que j'aime beaucoup, j'ai du le faire très vite, je l'ai mis. Je mets aussi plein de choses pas sorties et qui n'existent pas. Peut être que je les sortirai plus tard. Et sinon des classiques.

Villa Schweppes : Comment es-tu arrivé au côté house de S3A, pourquoi as-tu pris ce chemin musical ?

S3A : Ce sont les notes. En fait, j'ai toujours fonctionné de la même manière. Pour moi, la musique ce sont les notes, plus que le rythme et la qualité du son. J'aime quand un son te scotche rien que par sa qualité du truc, par exemple " Closer " de Plastikman. Après, je suis un homme de notes, d'émotions pures. C'est ce que j'aime écouter. Ce sont les notes qui m'ont gardé sur la house et le son qui m'a fait garder la techno. C'est pour ça que j'ai un style entre deux, un peu bizarre. Certains peuvent me dire, " C'est dur ce que tu joues pour de la house ", mais je ne réfléchis pas à la musique pour entrer dans un style. Tout se passe bien, pourvu que ça dure !

Villa Schweppes : Tu as 37 ans, est-ce que ça joue l'âge dans ton milieu ?

S3A : Je pense que c'est plutôt un désavantage. Les jeunes ont de l'énergie, ce que j'ai moins. Tu peux vite passer pour un chiant, " Ouais, on ne s'amuse pas avec lui ". Mon énergie, je suis obligé de la mettre sur un moment bien précis.

Villa Schweppes : Que représente Concrete pour toi ?

S3A : Concrete, c'est ma maison, ce sont des gens que j'apprécie énormément. Ils sont juste tout près de l'oeil du cyclone, ça tourne dans tous les sens. J'ai beaucoup d'admiration pour Brice Coudert, c'est comme un mentor. Ce que j'aime chez Concrete , c'est que tu te sens chez toi. On a chacun notre personnalité dans l'agence.

Concrete, c'est la petite allumette qui te permet d'allumer le barbecue.

Villa Schweppes : En quoi Concrete a bouleversé Paris ?

S3A : Concrete, c'est la petite allumette qui te permet d'allumer le barbecue. À un moment donné, alors que cela faisait 10 ans que Paris était sclérosé en faisant jouer que des gens connus, reconnus, Brice est arrivé, Weather aussi, avec Aurélien et Adrien, ils ont réussi à plaire au plus grand nombre avec de l'underground. C'est exactement ce que FCOM m'a appris lorsque j'avais 14 ans.

Villa Schweppes : Quel est ton avenir ? Tes projets ?

S3A : Ma place, en ce moment, je l'aime bien. Je suis le seul DJ House à Concrete. Ça me donne une jolie visibilité. Tout se passe bien, mon label avance. Prochaines dates, le 20 juin à Lille, le 25 juin à Thonon-les-Bains et le 3 juillet, Label Night à Concrete et le 22 juillet à Saint-Cyprien, The Bay Festival, je joue juste avant Modselektor, je suis super content. Ils ont bien compris la techno, ça ne peut pas être que mental ou conceptuel, à un certain moment tu as envie de sauter en l'air parce que c'est une musique qui parle au corps avant de parler au coeur.

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