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Josh Wink lors du Weather Winter 2016, samedi 17 décembre 2016
Josh Wink lors du Weather Winter 2016, samedi 17 décembre 2016
© Cédric Canezza

Interview : on a parlé longévité avec Josh Wink

Publié le 23/12/2016 à 16:00

Avec ses 20 années de carrière, le DJ/producteur/manager du label Ovum, Josh Wink a la légitimité de nous parler longévité dans le métier. Quel est la clef pour perdurer dans le milieu électronique ? Qui a réussi ça ? Quels sont les newcomers à suivre ? Rencontre avec la légende américaine, juste après son set au Weather Winter 2016.

La Villa Schweppes : La première question qu'on a envie de vous poser est : "Qu'est-ce qui vous excite encore dans votre boulot aujourd'hui ?"

Josh Wink : Vous voulez dire, en tant label manager, artiste et DJ ? Et bien, c'est juste la passion pour la musique qui m'anime depuis que j'ai commencé, jeune. C'est ça la chose la plus excitante pour moi ! Le premier disque que j'ai fait est sorti en 1989 - mais je mixais depuis quelques années déjà !- date à laquelle vous n'étiez pas encore nés... (En l'occurence si mais merci Josh Wink, du coup)

Est-ce difficile de jouer devant de jeunes gens ?

JW : Je ne vois pas de différence entre le public d'aujourd'hui et celui de l'époque. En tout cas, ce que je sais, c'est qu'il m'est important de garder une intégrité en tant artiste. Je ne change pas ma musique mais "j'arrange" mes productions. Le matériel que j'utilise fait sonner ma musique de manière plus moderne mais elle aura toujours la signature "Josh Wink". Et je pense que c'est ce qu'aiment les gens : moi étant toujours moi plutôt que moi essayant d'être quelqu'un d'autre. Je vais toujours en studio en me disant : "Je veux faire quelque chose venant bien de moi". Je n'ai pas envie de faire de la musique qui ne me ressemble pas ou bien de suivre un quelconque mouvement.

Et ça fonctionne !

JW : Oui, ça a toujours été ma chance : j'ai du succès grâce à ce que je fais et n'ai jamais eu à me soucier de la façon dont sonne ma musique. Il y a un morceau que j'ai produit en 1994 sur le label belge R&S, "Meditation Will Manifest", et qui vient aujourd'hui de ressortir. C'est génial !

C'est d'ailleurs le deuxième morceau que j'ai passé ce soir (samedi 17 décembre, lors du Weather Winter 2016, ndlr) et je crois que les gens ont aimés. Le Weather Festival est vraiment unique pour ça : que je joue house, techno ou acid, le public suit. Parfois, il y a un vrai challenge et les gens attendent de moi que je sorte certaines musiques, mais les vrais fans savent à quoi s'attendre avec moi.

Si vous deviez choisir entre être producteur, DJ qui enchaîne les dates et manager de label, quel serait votre choix ?

JW : Quand je suis chez moi, je souhaite avant tout tourner et jouer en tant que DJ. Et quand je suis sur la route, ma seule envie est de produire. Ces deux casquettes se nourrissent l'une et l'autre. Prenez un bateau, par exemple. Sur terre, ça reste un bateau sur terre mais, dans l'eau, ça a quand même plus de sens...
En ce qui concerne mon label, j'ai quelqu'un qui s'en occupe, maintenant. Du coup, j'ai plus de temps pour moi, réfléchir... J'ai récemment pensé à faire un live. Lors du closing du Space Ibiza en octobre dernier, j'avais fait un set uniquement composé de mes morceaux - ce qui peut être comparable à un live. C'était une première. Certains font ça sur Ableton mais je préfère les jouer. Ce soir (samedi 17 décembre, donc, ndlr), lors des dernières 35 minutes, je n'ai joué que mes morceaux. Je commence sérieusement à construire ça comme un live. J'ai assez de musique donc c'est envisageable...

Josh Wink lors du Weather Winter 2016
Josh Wink lors du Weather Winter 2016
© Cédric Canezza

Quel/quels est/sont, selon vous, le/les producteur(s) de votre génération qui a/ont su le mieux se "renouveler" ? Quelqu'un comme Laurent Garnier qui a joué après vous ce soir, par exemple ?

JW : Tous les gens que je connais ont grandi avec la scène rave. Laurent est un ami, je ne l'ai pas vu depuis longtemps (ils se sont d'ailleurs chaleureusement salués quand ces derniers se sont croisés en loge, pour info). On a tous les deux évolué et fait nos trucs de notre côté. Il en fait partie mais je pourrais aussi parler de Richie Hawtin, de Carl Cox, de John Aquaviva, de Jeff Mills.

(Josh Wink semble se remémorer)

J'ai joué avec Chez (Damier, ndlr), par exemple, à Ibiza. Il est un peu plus âgé que moi mais il est de ceux qui se renouvellent. Dubfire également - même si ça musique est différente. Il y a aussi tous ces mecs de New York : Todd Terje, Masters at Work, Louie Vega, Danny Tenaglia... Tous sont devenus mes amis, d'ailleurs.

Ça en fait finalement pas mal... Et le(s) "petit(s) jeune(s)" qui ira/iront loin ?

JW : On me demande souvent ça mais je ne sais jamais quoi répondre. À l'époque, on parlait de Kink dont le premier EP est sorti sur mon label. Mais, maintenant, voyez qui il est ! Pareil pour Loco Dice : il a sorti son premier EP sur Ovum. Tout comme Steve Bug. Ces derniers voulaient signer sur Ovum et c'était cohérent, musicalement. Mais je ne peux pas dire que j'ai lancé ces artistes...
La plupart de mon temps consiste à écouter des démos de gens déjà connus ou de newcomers. Parfois, j'écoute de la drum and bass avec mon fils parce qu'il adore ça. Il a 5 ans et est vraiment fan... Il me dit souvent : "Papa, est-ce que tu es allé en studio aujourd'hui ? Tu as fait de la musique ?" Et je lui réponds : "Oui, tu veux l'entendre ?" Et, après écoute, il me dit : "C'est un peu lent. Tu as fait ça pour maman ? Est-ce que tu peux faire un truc plus rapide comme de la drum and bass ?"

(rire collectif)

Il adore le old school comme ce que fait D-Bridge. Bon bref, je ne réponds pas à la question, là. J'aimerais mais je ne peux pas, tout simplement...

Même si tu veux gagner de l'argent, tu dois absolument apprécier ce que tu fais

Et en France, vous verriez quelques "talents" ?

JW : Avec Ovum, on travaille avec pas mal de Français. J'ai notamment dîné ce soir avec D'Julz et David Duriez. Ce sont de vieux amis et ils font toujours de la musique. Le label Bass Culture de D'Julz marche bien. Je travaille aussi avec Alex Kid et Taho... Ce dernier est à Marseille, maintenant. Je pense aussi à P- Ben qui a gagné un concours de remix pour Ovum. La scène française est très excitante, il y a de tout ici : des jeunes et des moins jeunes. Et toute cette diversité rayonne au-delà de Paris.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer dans le milieu ?

JW : Je lui dirais : "Ne le fais pas !" (rire). Non, plus sérieusement, je lui dirais de bien réfléchir à ce qu'il veux : être DJ et/ou producteur ? Faire de l'argent ? Être connu ? C'est ce que je réponds aux enfants de mon cousin, à chaque Thanksgiving, lorsqu'ils me demandent de leur apprendre à faire de la musique.
Quand j'ai commencé à en faire, je ne pensais pas que j'allais en vivre et ceci pendant 25 ans. C'est juste quelque chose que j'ai fait sans trop me poser de questions et tout est arrivé comme ça. Mais, aujourd'hui, dans le milieu, il y a de l'argent, de la fame, de vrais médias... Des choses qui n'existaient pas avant.
Donc je dirais juste à quelqu'un qui débute de bien suivre son coeur et ce qu'il aime, parce que même s'il veut gagner de l'argent, il faut qu'il apprécie ce qu'il fait.

Je suis une sorte de thérapeute par la musique !

Est-ce que vous faites partie de ces gens qui pensent que la musique électronique c'était mieux avant ?

JW : Non, c'était juste différent. Aujourd'hui, il y a du choix, en tout cas ! Après, il y a certaines choses qui me manquent : les shops de vinyles, les magazines et les clubs de l'époque. Avant, on pouvait écouter ce genre de musique uniquement dans des lieux spécifiques. Si vous connaissaissiez la deep house ou la house made in US, ça voulait dire que vous connaissiez ces disquaires, ces clubs, ces vinyles... Vous alliez dans ces magasins, achetiez des disques et puis on vous donnait le flyer d'une soirée. Vous vous retrouviez alors dans un club pour voir tel DJ... C'est ce genre de situations que je regrette. Avant, il fallait vraiment se bouger pour avoir accès à la musique. Aujourd'hui, tout le monde peut acheter des disques en ligne, depuis son ordinateur. Si vous cherchez un classique, il vous suffit d'aller sur Discogs, pas besoin d'aller sur place digguer. Et puis, avant, on avait vraiment cette sensation d'appartenir à une petite communauté... Mais bon, c'est la vie, les choses changent. J'aime le monde tel qu'il est aujourd'hui et même si Donald Trump est élu. Est-ce que c'était mieux avant ? La musique électronique est juste comme elle est aujourd'hui.

Mais ce n'est pas une bonne chose aussi cette ère de l'internet ?

JW : C'est vrai qu'on a accès à beaucoup plus de choses. Mais, par exemple, ce soir, il y avait plein de gens dans le public ailleurs à cause de leur téléphone. Ils cherchent de l'information sur leur téléphone alors qu'elle se trouve juste autour d'eux ! Je ne saurais pas dire si c'est bien ou pas. Avant, j'adorais aller sur le dancefloor et juste tout oublier. Et c'est d'ailleurs mon rôle, en tant que DJ : emmener les gens ailleurs avec ma musique, les aider à oublier leurs problèmes et leur vie de tous les jours... Je suis une sorte de thérapeute par la musique ! Certains se laissent emporter et d'autres font juste des selfies. Donc, il y a du positif et du négatif avec les technologies d'aujourd'hui.

Enfin, dernière question : La nuit...

JW : ... "At night, I love my sleep."

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