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Les machines du collectif Minuit Une
Les machines du collectif Minuit Une
© Hugues Poulanges

Interview : Minuit Une apporte la lumière

Publié le 28/02/2017 à 13:00

Que ce soit au Weather Festival, ou pour les concerts de Møme et le live de Jeff Mills, les trois membres de Minuit Une ont réinventé l'usage du laser dans l'événementiel. Rencontre avec les passionnés avant leur proposition lumineuse lors de l'Excited Night, le 10 mars prochain à La Géode.

La Villa Schweppes : Pourquoi cette passion pour le laser ?

Minuit Une crew : On est des physiciens à la base et on vient de l'Institut d'Optique. On est donc passionnés par la lumière en tant qu'objet très particulier de la physique. Mais, parmi les sources de lumière, il en est une qui surclasse toutes les autres par ses fascinantes propriétés : c'est le laser. Et le décalage entre ces propriétés extraordinaires et - osons le dire - la ringardise du "show laser" (qui n'a quasiment pas évolué dans son principe depuis 30 ans) nous a fait penser qu'il y avait quelque chose à creuser.

Expliquez-nous en quoi votre M-Laser est si différent et exceptionnel ?

MU : Techniquement, le principe de base, c'est qu'on envoie le faisceau laser sur un miroir central qui tourne très vite sur lui-même (20 000 tours par minute). Ce miroir renvoie la lumière dans toutes les directions tellement rapidement que l'oeil humain le voit comme quelque chose de fixe : des plans de lumière très précis et très graphiques qui vont ensuite être cassés par des miroirs et divers traitements électroniques pour générer une infinité d'effets. Ce système permet de générer une lumière très immersive puisque qu'elle est émise à 360°, mais aussi une lumière assez douce et beaucoup moins dangereuse qu'un laser classique, vu qu'elle passe trop vite sur l'oeil pour le brûler. Aujourd'hui, on a vraiment l'impression d'avoir initié une nouvelle génération d'éclairage scénographique parce que les possibilités sont immenses, mais aussi parce que cela se marie très bien avec les autres types de projecteurs à lampe ou à LED.

Vous travaillez beaucoup sur des événements et avec des artistes électroniques. C'est parce que c'est un genre musical qui se prête particulièrement bien à votre système de lasers ?

MU : En fait, il y a trois trucs qui ont concordé pour arriver à ça. Le premier, c'est le fait que l'on aime bien cette musique, au départ. Le second, c'est que les artistes et les organisateurs d'événements électro ont, ontologiquement, une certaine appétence pour l'innovation sous toutes ses formes ("La techno c'est technique", disait l'un de nous). Et enfin, Minuit Une est née au moment de la grande ébullition de la scène électro parisienne à travers de jeunes collectifs qui nous ont largement porté en nous invitant à tester nos machines quand elles n'étaient encore que des prototypes.

Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, on a des tournées qui partent avec nos machines pour des artistes qui sont très loin de cet univers et c'est tant mieux. Patricia Kaas n'est pas signée chez Underground Resistance, par exemple, mais elle emporte cinq de nos engins sur sa tournée aux quatre coins de l'Europe. D'ailleurs, elle travaille avec des gens qui savent un peu de quoi ils parlent : son light designer, Regis Kolczynski, est un des meilleurs avec qui on a travaillé.

Jeff Mills a été le tout premier à utiliser nos machines sur un de ses shows

Pensez-vous aussi qu'au-delà de la musique, du line up, on est de plus en plus à la recherche d'une expérience visuelle en soirée ? Pourquoi c'est si important ?

MU : Toute expérience artistique est, par nature, multi-sensorielle. Et l'expérience du live (en concert, en festival ou en club) n'est évidemment pas restreinte à l'audition. On peut toujours avoir des moments d'extase intérieure pendant lesquels on ferme les yeux en bloquant sur la musique, mais ils ne constituent heureusement pas l'essentiel de la soirée... Le reste du temps, on a envie que ladite extase soit celle de tous nos sens ! Et pour ça, notre sentiment c'est qu'il faut que la lumière soit aussi immersive que la musique, que l'on baigne entièrement dans quelque chose qui n'est plus un simple habillage scénique mais quelque chose qui enveloppe le public. Et c'est un peu le coeur de nos machines : le fait qu'elles envoient de la lumière dans toutes les directions jusqu'au bout de la salle avec des faisceaux très dessinés, presque palpables.

Quelle a été votre/vos dernier(s) meilleur(s) souvenir d'événement(s) sur lequel/lesquels vous avez travaillé ?

MU : Récemment, les scénographes de l'agence Franz & Fritz ont installé 10 M-Pyramides au-dessus du dancefloor de la Squarehouse lors du Peacock Society et il y a eu quelques moments de magie pure ! Mais on pourrait aussi évoquer le concert de Møme à La Cigale avec la scénographie d'Olivier Germain qui a vraiment développé sa propre grammaire avec nos machines. Ou encore l'installation qu'on a faite à Nantes, au Stéréolux, avec l'artiste Gymkhana qui a la particularité de commander directement nos machines par la musique à travers un système de mapping entre les canaux midi (langage de la musique) et le DMX (langage de la lumière). Et il y a tellement de trucs fous qui arrivent...

10 M-Pyramides lors du Peacock Society 2017
10 M-Pyramides lors du Peacock Society 2017
© Maxime Simon
La scénographie d'Olivier Germain lors du concert de Møme à La Cigale
La scénographie d'Olivier Germain lors du concert de Møme à La Cigale
© DR

Et le pire ?

MU : On ne va pas vous cacher que les toutes premières fois où l'on a installé des prototypes sur certains événements, il y a eu de longs moments de doute avec une clé de 12 dans une main et un voltmètre dans l'autre, à bricoler sur des systèmes open-source (Aduino, Max/MSP...). Ça nous a causé quelques sueurs froides... Mais c'était il y a longtemps (sourire).

Quel est l'artiste avec lequel ça a été le plus agréable de travailler ?

MU : On a, aujourd'hui, pas mal d'artistes qui tournent avec nos dispositifs et ce serait compliqué d'en désigner un seul. En revanche, on peut vous citer le tout premier qui a vraiment adoré et utilisé nos machines sur un de ses shows : Jeff Mills ! On ne l'oubliera évidemment jamais...

Qu'est ce qui nous attend pour cette "Excited Night" du 10 mars prochain à La Géode côté scénographie ?

MU : Manu le Malin aka The Driver est un des meilleurs DJs techno du monde et le trio Möd3rn regroupe trois des meilleurs producteurs français (Electric Rescue, Traumer et Maxime Dangles). La fête se déroulera dans un lieu incroyable dans lequel il ne s'est jamais rien passé d'équivalent et il y aura des machines Minuit Une pour faire vriller cet espace déjà très étonnant... On ne sait pas très bien pour quelle raison on pourrait ne pas y aller, en fait.

Donnez-nous vos conditions idéales pour mettre en valeur la technologie Minuit Une (Où , Sur quelle musique ? etc).

MU : Du noir, de la fumée, du volume... mais surtout des artistes et des techniciens de talent !

Quelles sont les qualités requises pour devenir Light designer ?

MU : C'est compliqué parce que c'est, comme beaucoup de métiers "dans l'ombre" du spectacle, un doux mélange de sensibilité et de technicité. Un light designer virtuose sur sa console mais dénué de sens artistique ne sera pas bon et ce sera pareil pour un gars plein de bonnes ondes mais pas assez pointu techniquement...

Quoi de prévu pour la suite ? Développer de nouveaux systèmes ? Travailler de plus en plus à l'international ?

MU ! Les deux, mon général ! Côté internationalisation, nous sommes en train de faire le tour de l'Europe pour rencontrer des tourneurs et des prestataires techniques. On reçoit aussi beaucoup de demandes des Etats-Unis (et pas des moindres...) ou même d'Asie puisqu'on a déjà des machines dans le nouveau Zouk, le club mythique de Singapour. Côté nouveaux systèmes, on ne vous cache pas qu'on a plein d'idées mais, pour l'instant, c'est secret défense !

Les machines Minuit Une au Zouk à Singapour
Les machines Minuit Une au Zouk à Singapour
© DR
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