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Jaïs Elalouf se livre sur Dance Conscious, son dernier projet audiovisuel.
Jaïs Elalouf se livre sur Dance Conscious, son dernier projet audiovisuel.
© Lansy

Dance Conscious : Jaïs Elalouf nous parle de ses projets arty ET écolo

Publié le 05/04/2016 à 18:00

Jaïs est un personnage atypique, passionné et bien souvent incompris. Son dernier projet en date, Dance Conscious en dit long sur la profondeur de l'artiste, mais nous avons voulu creuser encore plus...

C'est en le croisant il y a de cela quelques semaines au Comptoir Général, lors de l'ouverture du nouveau bateau pirate du bar, que nous avons voulu en savoir plus sur ce personnage qu'est Jaïs Elalouf. En se penchant sur son travail, on a découvert un passionné de musique, un philantrope fou de ses passions. Pour en savoir plus sur sa vision du monde, de la musique et des arts graphiques, et pour comprendre précisemment ce qu'est que Dance Conscious, nous sommes allés lui poser quelques questions. Infinie Expansion, le mini-album qui découle de sa philosophie est disponible depuis le 4 avril. L'homme qui a rencontré certains des artistes les plus engagés écologiquement se livre sans détours.

Villa Schweppes : Jaïs Elalouf, qui es-tu vraiment ? Tu sembles avoir une histoire très particulière... Tu peux nous détailler ce qui t'a amené à ce projet, Dance Conscious ?

Jaïs Elalouf : Après un diplôme d'école de commerce spécialisé en histoire de l'art, je me suis lancé dans l'industrie de la musique. Je suis passé par plusieurs postes. Une fois que j'ai été dégouté de fabriquer les disques de platine de boys band comme Domino, j'ai fui pour créer ma propre structure : Ping Pong qui fête cette année sa majorité. Il s'agit d'une agence de musiques actuelles assez éclectique, connue pour représenter entre autres Ninja Tune et qui a fait connaître par le passé des milliers d'artistes comme Birdy Nam Nam, Gonzales, Bonobo, Salif Keita, mais aussi les labels Tresor et K7!, sans parler d'Ed Banger à ses débuts.

Et après ça, tu as aussi eu un passé d'organisateur de soirées et d'événements... Tu peux nous en dire deux mots ?

JE : En parallèle, j'ai co-organisé les mythiques soirées Solid Water, puis Solid Steel, Acid Test, et les gigantesques événements d'art total au Centquatre : Les Nuits Ouf. Ensuite, en 2003, Universal Jazz m'a proposé de prendre la production exécutive de Cinemix, un disque de remixes des plus grandes B.O. françaises des années 60 et 70. De là, j'ai dû imaginer une performance pour soutenir le disque et c'est comme ça que je me suis retrouvé à être un DJ-Réalisateur, puis un DVJ. J'ai, aujourd'hui, 500 dates au compteur et ai parcouru 40 pays !

Dance Conscious : un électro-documentaire artiviste

Il est parfois difficile de décrire simplement ton dernier projet. Il mêle plusieurs concepts et son esthétique, qui paraît aux premiers abords simple, est un peu plus sophistiquée que ça. Comment tu le vois, toi ?

JE : Pas facile, il faut l'écouter si on veut l'expliquer. C'est une sorte d'électro-documentaire artiviste, composé à partir d'instruments acoustiques. Mes messages chantent les possibles futurs radieux qui pourraient facilement devenir radioactifs si on ne se met pas en mouvement. Ils sont entrecoupés d'interviews de personnalités de la transition sociétale et économique que j'ai filmés en leur posant la question suivante : "Quelle est la solution pour changer le monde ?". La musique ? Une sorte d'électro progressive, ambiante, dub ou techno avec un feeling psychédélique et jazz. Cette musique est une des manières d'entrer dans le web-doc Dance Conscious qui verra le jour en 2017.

Jaïs Elalouf
Jaïs Elalouf
© Ana Bloom

Avant de voir ce documentaire, on peut d'ores et déjà se dire que cet EP a un côté très positif et il véhicule un message très "rare" dans l'industrie. Comment en es-tu arrivé à imaginer cela ?

JE : On a une chance incroyable d'avoir encore la liberté de pouvoir dire ce qu'on pense pour changer les choses - bien qu'on puisse se demander pour combien de temps encore... Les politiques voient les activistes comme des terroristes, parfois. Enfin, bref. Personne n'a envie de souffrir, tout le monde sait qu'il peut changer quelque chose pour améliorer sa vie et, par conséquence, la vie de son entourage... J'ai commencé à la fin des années 2000 à me rendre compte que je ne m'aimais pas véritablement, que la consommation ne fait pas le bonheur et puis surtout que l'on est entourés de poisons : alimentaires (sucre, pesticides, viande, additifs, etc.), cosmétiques (dentifrice, parabènes...), médicaments... Ensuite, je me suis mis à remettre en question notre société à tous les niveaux. En gros, chaque fois que je lis un livre sur un thème, c'est la cata. J'ai alors commencé l'écriture d'un livre, Chacun à la Solution, dans lequel je décris les solutions à ces problèmes et je me suis aperçu qu'il y en avait énormément. J'ai donc attaqué le travail qui m'attendait pour Dance Conscious. Dans ce dernier, on pourra naviguer à travers quatre domaines intuitifs différents : la musique (des clips et de la musique que j'ai réalisés/ produit), les thèmes qui comprennent 400 mini-extraits vidéo, les intervenants (interviews entières), les actualités (et évènements).

Les artistes ont trop envie de se distraire et c'est triste pour le monde.

C'est un projet ambitieux. D'ailleurs, tu es l'un des rares DJ et VJ français. Comment construis-tu un projet comme celui-ci ? D'abord l'interview ? La personnalité ?

JE : J'ai d"abord filmé près de 40 personnalités. Ensuite, je compose la musique et après je vois quelle voix, quel sens, va le mieux avec la musique. C'est une grosse histoire de compromis quand, par exemple, la personne dit des choses passionnantes mais avec un timbre agressif. J'aimerais re-musicaliser leurs voix à la manière de Chassol, mais je préfère privilégier le fond... pour l'instant. Je me suis pris au jeu et, cet été, j'ai composé tout un album dont les instrus auront, chacun, une version française et une version anglaise avec quelques stars dont Russell Brand, Edgar Morin, mais aussi le seul fermier bio du Punjab...

Il paraît aussi qu'avant tes performances, tu proposes quelque chose d'assez particulier ?

JE : Avant le concert, je propose un yoga du rire avec tous les bienfaits que cela a pour relâcher le mental et être prêt à recevoir les messages. Je met en place un trio-audiovisuel immersif et décalé qui mélange réalisation de films (tournages, images d'archive, animation, post-production), arts numériques (VJing...) et scénographie évolutive (performance, danse, musiciens invités). Le résultat est entre le one man show et un concert dont vous êtes le héros ! Il s'agit d'une expérience participative où le public rit, se parle, danse, crie, chante, médite, donne ses solutions... On a eu la chance de jouer en concert au Grand Palais pour la COP21, ainsi qu'à La Bellevilloise.

C'est une proposition artistique globale et unique. Je ne suis pas prêt de m'arrêter.

Tu es à la croisée de beaucoup d'univers, d'après ce qu'on comprend. On peut même penser que ton travail, c'est du journalisme arty, si on va dans la caricature... Tu es d'accord avec ça ?

JE : Oui ça ne serait pas loin de ça, oui. Mais du vrai journalisme sans les conflits d'intérêt qui minent ce métier. J'ai été journaliste musique pendant plusieurs années, mais j'ai préféré me concentrer sur mes marottes.

Pourquoi, d'après toi, est-ce que trop peu d'artistes se préoccupent des "vrais" sujets importants ? La musique d'aujourd'hui a perdu en message ?

JE : Je l'ai vécu. Certaines personnes sortent de mes performances audiovisuelles Cinemix en me disant qu'ils vont devenir végétariens ou ceci-cela. Les artistes sont un média et peuvent toucher les gens, même les transformer en semant cette graine d'éveil et de contre-culture. Comme je le chante sur "Mille Milliards" : "Ils peuvent en rire, mais on doit le dire". Je suis abasourdi qu'ils ne saisissent pas cette chance pour la plupart. J'ai pris le parti d'être un peu "cash" avec les interviews, même si le public qui s'intéresse à ce genre de messages n'est pas forcément celui qui écoute ce genre de musique et vice-versa. C'est une proposition artistique globale, unique, cela prendra du temps, donc je ne suis pas prêt de m'arrêter. Le chemin est plus important que la destination. Les artistes ont trop envie de se distraire et c'est triste pour le monde.

Et il me semble que tu as d'autres projets en vue en ce moment. Lesquels sont-ils ?

JE : En parallèle mon projet de vie est The Psychedelic Museum. Il s'agit de ma collection de sensibilité psychédélique, une des plus grandes en Europe. J'ai organisé une trentaine d'expos pour la faire connaître et je commence des visites-entretiens de découverte de ce mouvement avec Aventours.co. C'est le premier musée au monde sur ce thème. Il proposera une plateforme pluridisciplinaire à la fois sociale, ludique et touristique abritant une salle de spectacle, une galerie d'art, un espace de libre-création, une bibliothèque de la contre-culture, un jardin botanique et une cafétéria biologique... La scénographie tendra à susciter des sensations psychédéliques par tous les sens. Le leitmotiv est ainsi d'éveiller les consciences par la participation, la beauté et l'envie de créer. Un financement participatif sera mis en place très prochainement pour qu'une communauté aide le site et qu'un catalogue voit le jour.

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